Après le long périple qui a conduit Alix et les siens sur les traces de sa jeunesse en Gaule, en Orient, puis jusqu’aux profondeurs de la mystérieuse Atlantide, le sénateur romain cinquantenaire est de retour à Rome. Aux albums d’aventures classiques au long cours succède ce one-shot qui invite le lecteur à pénétrer dans les coulisses du pouvoir, où complots et cérémonies secrètes morbides se succèdent. Un épisode au scénario subtil, écrit comme une tragédie, qui aurait sans nul doute passionné Jacques Martin…
Lire la suite...La jeunesse rebelle de Gisèle Halimi…
On connait tous Gisèle Halimi (1927–2020), l’avocate politiquement engagée, altermondialiste, défendant les femmes contre les abus masculins, notamment lors de procès liés à des viols (désormais, grâce à elle, considérés comme des crimes), favorable au droit à l’avortement, inlassablement du côté des droits et de l’égalité homme/femme… Mais on connait moins – ou pas – sa jeunesse et cette éducation tunisienne qui la construitet et contre laquelle elle se révolte : et c’est tout l’intérêt de l’album « Gisele Halimi : une jeunesse tunisienne » signé par Sylvain Dorange et Danièle Masse.
L’histoire de Gisèle Halimi est totalement liée à sa naissance à Tunis en 1927 dans une famille au modèle fortement patriarcal. Le père est d’origine berbère et la mère juive séfarade. Dans ce contexte, la naissance d’une fille est ressentie comme une malédiction par ce père qui mettra des années à apprécier cette gamine intelligente, ambitieuse qui, très tôt, veut devenir avocate, dans un monde où la réussite d’une femme n’est liée qu’à son mariage.
Gisèle a un frère qu’on pousse dans les études à grands renforts de cours particuliers, mais pour Gisèle, brillante, cultivée, aucun effort de la part de sa famille qui réprouve ce caractère indépendant. Gisèle refuse peu à peu d’être le larbin de son frère, tout comme elle a horreur de ce modèle familial où la mère dépend du mari, ne sortant pas, n’ayant aucune vie personnelle.
Gisèle est une battante, une révoltée, remettant en cause les traditions, les croyances qui l’entourent et qui auraient pu la formater. Très tôt, elle est décidée à aller jusqu’au bout pour lutter contre les soumissions imposées aux filles et aux femmes. C’est un parcours passionnant que cette jeunesse racontée avec force par Danièle Masse, d’autant que le dessin et les couleurs de Sylvain Dorange donnent beaucoup d‘attrait à cette chronique.
Les décors tunisiens chaleureux nous invitent à savourer le quartier balnéaire de La Goulette, les ruines de Carthage, les mosaïques du musée dans les pas d’un père qui s’engage politiquement, alors que la révolte gronde : un père qui finit par apprécier que sa fille veuille devenir avocate pour lutter contre les oppressions, le colonialisme, les injustices, les tyrannies masculines, les racismes…
À l’heure où tant de femmes de par le monde se retrouvent de plus en plus réduites à se taire, à se cacher, humiliées, voilà un album passionnant et un très beau portrait de femme libre, révoltée, exemplaire, qui arrive à Paris en 1945, à 18 ans, pour un nouveau parcours et de nouveaux défis racontés en quelques pages en fin d’album.
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
[L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook.
« Gisele Halimi : une jeunesse tunisienne » par Sylvain Dorange et Danièle Masse
Éditions Delcourt (17,95 €) – EAN : 9782413042716
Parution 15 février 2023














Nous avions à un moment donné en France un bon paquet d’hommes et de femmes politiques, tous bords confondus, qui avaient un sacré vécu et une expérience riche et formatrice.
Faut-il des épreuves à répétition pour obtenir des personnalités marquantes et d’une certaine façon généreuses ? Sûrement…
Cette bd le prouve en tout cas.
J’ai eu la chance de rencontrer Mme Halimi lors d’une réunion publique, et c’est une personne qui m’avait grandement impressionné par son humanité.