L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
Lire la suite...« L’Ange exterminateur » : notre horizon…
La série consacrée à la résistante Madeleine Riffaud s’enrichit d’un quatrième tome attendu : « L’Ange exterminateur ». Un album signé Dominique Bertail, Jean-David Morvan et Madeleine elle-même. « Ce soir, j’attends Madeleine. » Voici son retour : captivant.
Scénarisé par Morvan et Riffaud, dessiné et mis en couleur par Bertail, ce récit tutoyant la centaine de planches débute fin août 1944 à Paris par le meurtre odieux d’une innocente. La fillette tenue dans les bras de sa mère est volontairement tuée par le tir de deux miliciens juchés sur les toits de Paris. Dès lors, Madeleine, alias Rainer, se lance avec les siens dans la traque de ces deux hommes. L’un chute d’un toit et s’écrase au sol, après que Rainer eut tenté de le secourir in extremis. Le second est fusillé à bout portant dans une vespasienne : le groupe de « fifis » de Rainer n’ayant pas trouvé d’autre solution pour le soustraire à la vindicte de la foule.
Suit une seconde scène d’une même longueur — une dizaine de planches —, focalisée sur la rencontre de Rainer avec le colonel Rol-Tanguy (Henri Tanguy, dit Rol-Tanguy), chef de l’insurrection parisienne, dans son quartier général souterrain de Denfert. Le colonel a convoqué Rainer pour lui confier une mission : supprimer au plus vite un cadre de la Résistance, dont le tragique double jeu a été découvert lors de la prise de l’hôtel de ville.
La troisième scène est consacrée à la traque du traître, sa rencontre en banlieue, son guet-apens et son exécution par Rainer et son compagnon Manuel, dans une ruelle sombre. Madeleine devient, ainsi, un « ange exterminateur », expression qui donne son titre à ce quatrième tome. Des textes off accompagnent tout le déroulé de l’action, contextualisant et mettant en perspective les scènes, véhiculant le ressenti de Rainer devant ces « ponctuelles ».
D’autres séries de séquences s’enchaînent : la quatrième sur le repos de la guerrière après sa mission accomplie, la cinquième sur la tenue de la barricade du métro Goncourt par le désormais lieutenant Rainer et la compagnie Saint-Just (son détachement FTP), etc. De séquence en séquence, le lecteur découvre la libération de Paris au travers de l’expérience authentique de Madeleine Riffaud, formidablement mise en scène par Bertail et Morvan.
La générosité du dessinateur sied à merveille à la représentation de Paris, la sobriété chromatique de ses camaïeux bleutés valorise son trait réaliste extrêmement lisible. Ses personnages sont vivants, ses têtes expressives. Bref, un épatant travail graphique au service même de la narration.
Un cahier documentaire conclut cet addictif récit, évoquant notamment la rencontre de Madeleine avec le couple Éluard : Nusch et Paul. Comme chantait Brel : « Demain, j’attendrai Madeleine… »
Rappelons que Madeleine Riffaud est décédée le 6 novembre 2024.
« Madeleine résistante T4 : L’Ange exterminateur » par Dominique Bertail, Jean-David Morvan et Madeleine Riffaud
Éditions Dupuis (23,75 €) — EAN : 9782808508896





















