Sous-titré « Baby Boxer Banker », le premier tome de ce diptyque retrace le destin d’un New-Yorkais né avec une cuiller d’argent dans la bouche : Newland Arrow. Or, sa rencontre avec un vagabond du rail, à l’âge de tous les possibles, modifie sa trajectoire d’héritier… Go away !
Lire la suite...« Arizona Joe » : la vie comme sport de combat !
Sous-titré « Baby Boxer Banker », le premier tome de ce diptyque retrace le destin d’un New-Yorkais né avec une cuiller d’argent dans la bouche : Newland Arrow. Or, sa rencontre avec un vagabond du rail, à l’âge de tous les possibles, modifie sa trajectoire d’héritier… Go away !
« Faut aller voir… » est en exergue de ce magnifique album. Comme le héros de cette histoire, suivons l’injonction de Jacques Brel : allons-y ! Tout commence à New York à l’automne 1876. Avec son talent accompli de dessinateur et avec son plaisir palpable à habiller son dessin de jus d’aquarelle, Fabrice Meddour nous plonge d’emblée dans une ambiance sépia, un jour d’enterrement. De ce sépia émerge une tache rouge : celle d’un garçon de 13 ans à la chevelure rousse. Depuis la rue, derrière la grille, il observe des obsèques.
Puis, son regard croise celui d’un homme grisonnant aux yeux mouillés, désespéré, brisé. Alors, le garnement fuit. Triste, il erre ensuite dans les rues avant d’être alpagué par une bande de jeunes voyous de la 93e Avenue. Et pour cause : son accoutrement bourgeois suscite leur convoitise. Pour échapper à ses poursuivants, il grimpe dans un train, sauvé de l’agression par un solide et charismatique hobo. Arizona Joe est le nom de ce travailleur saisonnier. C’est le déclic, la rencontre déterminante, celle qui bouscule sa vision du monde et qui ouvre des perspectives quand la vie est devant soi. Pour le Kid de New York, surnom dont il est affublé par ce vagabond du rail, l’aventure commence.
Direction Philadelphie en compagnie de son improbable sauveur. Peu avant leur destination, le duo saute du train en boule. Dès lors, le gamin de la 5e Avenue apprend la vie rude et libre des hobos… Naturellement, les épreuves vécues ensemble rapprochent le duo : l’adulte revenu de tout comme l’adolescent à l’aube de sa vie. Ironie du sort, le fils du banquier de Wall Street découvre ainsi que l’adulte qui l’a pris sous son aile est un perceur de coffre. Dans cet univers âpre, tous deux s’épaulent, entre larcins et bagarres, cambriolages et bars sordides. Dès lors, une improbable amitié naît entre eux.
Mais, bientôt, le destin bascule… Alors, le lecteur décode la scène initiale, focalisée sur un marmot s’échappant d’un univers sans horizon… C’est avec délectation que le scénariste, Stéphane Piatzszek, sait balader les lecteurs, émaillant son récit de dialogues percutants, distillant les informations avec pertinence, bâtissant et entremêlant des personnages aux psychologies crédibles.
Après cette première séquence traitée en sépia, le lecteur retrouve le jeune Newland Arrow en 1883 et en technicolor. Le garçon s’est mué en jeune adulte et fructifie la leçon de vie de son hobo de sauveur… C’est avec intérêt et émotion que nous suivons le destin haletant de cet héritier de bonne famille, meurtri par la disparition de sa mère, oscillant entre sa responsabilité de s’insérer dans le schéma familial et son désir de liberté, initié par Arizona Joe… Enfant gâté du capitalisme, le jeune Newland est allévoir… plongeant dans ce que l’Amérique triomphante produit comme sous-prolétariat.
Il lui en reste le goût du combat, celui de la boxe comme hygiène de vie. Comme une manière d’être au monde. Depuis lors, il est écartelé entre ses deux univers, la haute société financière et les bas-fonds populeux. Entre deux ambitions aussi. Bientôt, retrouvant une amie d’enfance, l’amour surgit en lui… Comment ce sentiment nouveau et ses passions corollaires feront-ils basculer le destin de Newland Arrow ? Quel horizon le banquier boxeur choisira-t-il ? Quels seront ses points de fuite ?
Riche de 63 planches, de personnages émouvants comme de situations fortes, d’une implacable mécanique narrative, le premier tome de ce diptyque laisse le lecteur suspendu, pantois, insatisfait : autant dire qu’il a hâte de déguster la suite de ce captivant récit concocté en couleur directe ! « Faut aller voir… » Nous irons voir et avec impatience ! En attendant, parcourons le dossier de sept pages, « L’Amérique d’Arizona Joe », qui parachève ce premier tome.
« La Vie extraordinaire d’Arizona Joe T1 : Baby Banker Boxer » par Fabrice Meddour et Stéphane Piatzszek
Éditions Grand Angle (16,90 €) — EAN : 9782818979518
Parution 27 mai 2026















