Trois ans après l’attentat par un mystérieux tueur cagoulé qui a coûté la vie à sa femme, alors qu’il était au fait de sa gloire, le romancier Fred Stone vit à l’écart du monde, dévasté… Néanmoins, son agent le projette à nouveau sur le devant de la scène en exhumant son premier ouvrage — « The Puzzle Game » — qu’il avait pourtant délibérément laissé au fond d’un tiroir à l’époque ! Contraint d’en assurer la promotion, le célèbre écrivain accepte d’aller au festival littéraire de sa ville natale. Il croise alors la route d’une inconnue qui ressemble beaucoup à son amour dramatiquement perdu, mais aussi d’un nouvel agresseur masqué qui le prend en chasse… Le jeu de puzzle ne fait que commencer dans ce haletant polar hitchcockien signé Denys et Herik Hanna !
Lire la suite...« Pendragon T3 : Le Roi-Griffe » : chroniques et lames arthuriennes…
Dans un Ve siècle crépusculaire, les dirigeants des sept royaumes de l’île de Bretagne (Alba) cherchent à s’emparer de la mythique épée Calibùr. Face à la menace des guerriers pictes du Roi-Griffe, Arthur et l’enchanteur Merlin arriveront-ils à leurs fins ? Troisième opus pour la série « Pendragon », dans laquelle Jérôme Le Gris, Benoit Dellac et Paolo Martinello revisitent habilement le mythe chrétien du Graal, tout en l’inscrivant dans le contexte historique qui aurait vu émerger ces figures de la légende arthurienne. Un univers médiéval-fantastique particulièrement sauvage et épique, où se dessinent les ombres des anciens empires et l’emprise d’un culte nouveau…
Dans la profusion des relectures arthuriennes (citons les récents « La Légende oubliée de Perceval », « Eigyr », « Furieuse », « Perceval », « Le Chevalier au dragon », « Nimuë » et « La Quête », titres tous parus depuis 2022), la série « Pendragon » choisit une voie aussi classique dans ses fondations que moderne dans son exécution : revenir aux racines historiques du mythe pour mieux en exalter la dimension épique. Avec son titre renvoyant à Uther et Arthur Pendragon, pouvant rappeler le jeu de rôle sur table éponyme (Chaosium, 1985), cette série fut lancée en 2023 avec « L’Épée perdue ». Le premier cycle de « Pendragon » (quatre albums prévus) présente d’emblée un monde aussi cruel qu’instable : les légions romaines ont déserté depuis longtemps déjà la vaste île de Bretagne (ici nommée Alba la grande), tandis que les incursions des Cimbres, les alliances fragiles entre clans et « l’étrange religion du dieu blanc » (comprendre : le christianisme) semblent avoir éloigné à jamais un âge d’or considéré comme révolu.

Couverture et extrait (planche 6) du tirage de luxe en noir et blanc du T1 (dimensions : 36,5 x 27,6 cm ; Glénat, 2023).
Les auteurs narrent en conséquence les débuts d’Arthur, avant que sa légende ne soit forgée. Exit les châteaux flamboyants et la chevalerie courtoise : ici, le monde est brut, fragmenté, tiraillé entre anciennes croyances celtiques et nouvelle foi. Merlin n’est plus seulement l’enchanteur omniscient, mais un stratège presque politique, en quête d’un chef (pendraig) capable de rétablir l’équilibre. Cet homme, Arthur, apparaît d’abord à rebours du mythe ; chef de guerre sans ambition royale, il aspire à une vie simple auprès d’Elwen : la fille du défunt roi Leodan. En dépit de ses qualités avérées de leader, c’est précisément ce refus du pouvoir par Arthur qui nourrit toute la tension dramatique du premier diptyque. Entre les raids des Hiberniens (actuels Irlandais), la pression des Pictes (actuels Écossais) et la menace des Cimbres (actuels Danois), l’urgence historique se heurte à l’intime. La découverte de Calibùr, épée mythique liée à la légitimité divine, agit alors comme un catalyseur : le destin rattrape celui qui ne voulait pas régner…
Le deuxième (« Le Conseil des rois », 2024) et surtout le présent troisième tome basculent vers une véritable chronique du pouvoir. L’ascension d’Arthur, culminant dans son couronnement au Cercle des Pierres d’Érenn, ne marque pas un accomplissement, mais un commencement. Car « Pendragon » s’attache moins à glorifier le roi qu’à en disséquer la fonction. Une fois l’unité proclamée, tout vacille déjà : alliances fragiles, rancœurs persistantes, tensions amoureuses… et, en toile de fond, la montée inexorable des forces pictes menées par le redoutable Roi-Griffe. Le Gris décrit un pouvoir instable, presque illusoire, où régner revient à avancer sur une ligne de crête. Arthur devient alors un personnage tragique, pris entre sa nature d’homme et son rôle de symbole.
Graphiquement, Paolo Martinello (« Conan le Cimmérien T10 : La Maison au trois bandits » ou « La Véritable Histoire du Far West T7 : Fort Alamo ») déploie une partition spectaculaire. Son trait ample, énergique, épouse parfaitement cette fresque rude et mythologique. Les paysages d’Alba — falaises battues par les vents, montagnes austères, landes embrumées, villes et forteresses dignes du « Seigneur des Anneaux » — deviennent de véritables personnages. Les scènes de bataille, lisibles et chorégraphiées avec soin, témoignent de l’influence du storyboarder Benoît Dellac (« Nottingham ») : le découpage privilégie l’impact visuel sans sacrifier la clarté narrative. La couleur, souvent froide et minérale, renforce cette impression d’un monde au bord du basculement, où le sacré et le fantastique affleurent, sans jamais verser ni dans le merveilleux ostentatoire ni dans la monstration d’un bestiaire horrifique tentaculaire.
Entre exploration du mythe et échos aux relectures de l’Histoire (Arthur est-il inspiré de figures authentiques tels le Romain Artorius ou le roi des Bretons Riothamus ?), « Pendragon » se distingue, outre ses somptueuses couvertures, par cet équilibre constant entre fiction et récit ouvert à des thématiques toujours actuelles. Le Graal, les figures de Merlin, Gawain (Gauvin), Mordred ou de Nimue (Viviane, la « dame du lac »), et l’épée Calibùr ne sont pas traités comme des reliques figées, mais comme des forces actives, ambiguës, inscrites dans une réalité politique et culturelle en mutation. Au fil de trois tomes, la série compose ainsi une montée en puissance solide : du refus d’un destin à son acceptation, puis à son poids écrasant. À l’approche de la conclusion du premier cycle, « Pendragon » s’impose comme une relecture ambitieuse du mythe arthurien : là où l’héroïsme se paie au prix fort et où la légende naît toujours dans la boue et le sang.
« Pendragon T3 : Le Roi-Griffe » par Benoit Dellac, Paolo Martinello et Jérôme Le Gris
Éditions Glénat (15,50 €) — EAN : 9782344040164
Parution 10 juin 2026











































