Pour vivre heureux vivons masqué… ou pas, dans le neuvième volume de l’élégante série « Les Sœurs Grémillet »…

Depuis six ans, nous suivons les aventures des trois sœurs Grémillet dans neuf albums, tous bien construits autour d’enquêtes de tous types. Les frangines complices grandissent : l’aînée adolescente (Sarah) est visitée en rêve par un garçon énigmatique masqué, tandis que sa cadette (Cassiopée) expérimente le théâtre japonais avec un masque, et que la benjamine (Lucille) commence à comprendre que les grands avancent souvent avec des intentions masquées. Un album subtil, superbement construit et dessiné, autour du jeu des masques…

Les sœurs Grémillet sont trois, toutes attachantes, mais avec chacune leur caractère propre : Sarah est décidée, volontaire, c’est une adolescente qui cherche désormais à s’affirmer, notamment auprès de sa mère ; Cassiopée, la cadette, est une jeune fille sensible, romantique, qui rêve d’amour ; quant à Lucille, la benjamine, si elle est mutique, sa passion des animaux en fait un personnage à part, poétique et amusant, un peu à la Harpo Marx.

« Les Sœurs Grémillet T9 : Le Jeu des masques » page 4.

Ce volume débute par un songe de Sarah : elle plane au-dessus de la ville, au milieu de grands animaux fantastiques, avant de rencontrer un mystérieux garçon au visage dissimulé par un masque blanc. Sur une chimère étoilée, il lui demande de faire un tour avec lui. Sarah veut savoir qui il est, mais se réveille quand son téléphone sonne indiquant un nouveau message.Elle quitte peu après le domicile familial avec ses sœurs pour aller en cours. Sur le chemin, dans un square médiéval, elles découvrent une grenouille géante en origami porteuse d’un étrange message : « Who I am ? »

Pendant leur journée de cours, les filles se séparent. Apprentie actrice, Cassiopée est désarçonnée par son premier cours de théâtre nô ; elle obtient le premier rôle, mais devra jouer, masquée, une femme possédée par l’esprit de l’ancienne maîtresse de son mari : le prince Genji. La toute jeune Lucille, elle, prend le temps d’aider un ami à éduquer son chiot virevoltant, sans se rendre compte que cet ami lui cache certaines choses.

Revenues chez elles, les trois sœurs décident de commencer à enquêter sur les origamis géants qui apparaissent dans différents quartiers de la ville.

Elles remontent peu à peu les traces du créateur de ces pliages géants, de références aux fables d’Ésope à d’autres sur le jeu des apparences.

De quoi, pour les trois demoiselles, se questionner sur leurs propres expériences : des contacts sur des applications qui refusent une rencontre en face-à-face (sans doute par lâcheté), le besoin de plaire en tant qu’actrice au lieu d’être soi-même et démasquer les intentions véritables d’un ami qui n’osait pas tout vous dire.

Un étrange origami...

Comme pour chaque volume de cette excellent série, l’intrigue est solide et efficace. Giovanni di Gregorio, le scénariste, joue habilement ici sur les tensions inhérentes à chaque famille pour développer une intrigue autour de la notion de vérité, que ce soit dans le cadre familial ou en société.

Il réussit la gageure de montrer la réaction différenciée de chaque sœur face à une situation nouvelle : de quoi développer une nouvelle fois leur propre personnalité sans amoindrir in fine leur profonde complicité.

Il interroge ici intelligemment la notion de masques, ceux que l’on porte et ceux qui nous empêchent d’être nous-mêmes. De quoi remettre en question la devise de Descartes : « Qui bene latuit, bene vixit » (Pour vivre heureux, vivons caché ou masqué).

Cette chronique familiale et psychologique est portée par le dessin réaliste, précis, d’une grande sensibilité, d’Alessandro Barbucci. Le dessinateur italien excelle autant dans les séquences d’enquêtes dans une belle ville médiévale que dans celles de la vie courante au cœur d’une famille finalement soudée.

« Les Sœurs Grémillet T9 : Le Jeu des masques » page 17.

Le neuvième volume des aventures des sœurs Grémillet nous a touché, comme les huit premiers ; des personnages tous émouvants — car profondément humains — se disputent et se réconcilient dans les décors soignés d’une ville aux nombreux mystères, mais des mystères qui, dévoilés par nos héroïnes, demeurent tous humains, définitivement humains…

Laurent LESSOUS (l@bd

« Les Sœurs Grémillet T9 : Le Jeu des masques » par Alessandro Barbucci et Giovanni di Gregorio

Éditions Dupuis (15,50 €) — EAN : 9782808516426

Parution 19 juin 2026

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