Des chaussettes qui puent, un peu de harcèlement et beaucoup de magie : la recette d’une bonne bande dessinée jeunesse d’aventure réussie avec « Dragomol »…

Il faut prendre les jeunes lecteurs au sérieux et leur offrir plus que ce qu’ils attendent d’une bande dessinée calibrée pour leur tranche d’âge. Ainsi, Simon Liberman, le créateur de l’ambitieuse maison d’édition 2024, rebaptisée depuis deux ans 4048, a écrit et dessiné une belle et dense épopée fantastique jeunesse avec « Dragomol », tout en traitant joyeusement, sans lourdeur, des thématiques profondes : de la lutte des classes contemporaines à l’affirmation nécessaire de sa propre identité dès l’enfance. Une bande dessinée à découvrir.

Mathilda est toute excitée par sa rentrée au collège. Elle va découvrir un tout nouvel établissement, avec sa meilleure copine Pola. Pas de chance pour les deux amies, ce sont leurs parents artisans qui les déposent devant leur salle de cours. Comme ils sont fabricants de chaussettes ou plombiers, leurs camionnettes sont recouvertes d’une énorme chaussette ou surplombée par un gigantesque marteau. De quoi subir les quolibets de camarades de classe issus d’un milieu bourgeois.

Mais ce désagrément est vite oublié une fois rentrées dans un collège fraichement réhabilité. Le principal leur annonce l’ouverture d’une classe de magie avec des professeurs venus d’un autre monde, par l’intermédiaire d’un miroir magique. Elfes maléfiques ou combattants barbares promettent des cours passionnants. Malheureusement tout le monde ne pourra pas assister à leurs enseignement, il faut des valeureux travailleurs dans les bureaux : ce seront les meilleurs élèves et ceux qui portent des lunettes comme Matilda et Pola. Quelle désillusion pour les jeunes filles qui doivent suivre le programme national : grammaire, arithmétique, orthographe, géographie, etc…

Quelques mois passent dans la triste réalité de cours ennuyeux et d’une cantine banale, pendant que d’autres apprennent la magie et se régalent le midi à la cantine des lutins. Les élèves favorisés narguent la classe des « bigleux » quand ils partent en « colo » dans le monde magique avec notamment une escape game dans un fromage, une fois miniaturisés.

Mais Matilda et Pola entrevoient une certaine revanche quand débarque, dans leur chambre, un minuscule dragon. Dragomol ne crache pas du feu ni ne pratique la magie et il raffole du chocolat et des cookies. Les deux amies entreprennent un cambriolage dans le collège enchanté, pour que le petit dragon puisse retrouver son monde magique. C’est le début d’une aventure fantastique trépidante, avec de nombreux dangers et plein de Chocoulax, la marque de la barre chocolatée favorite de Dragomol.

La lecture des 120 pages de cette bande dessinée d’aventures gentiment fantastiques nous a enchanté. Simon Liberman joue habilement sur plusieurs niveaux de lecture. Les plus jeunes se plongeront avec délectation dans une épopée fantastique jubilatoire au cœur d’une école des sorciers à la Harry Potter où seuls les plus riches peuvent étudier, jusqu’à l’intervention loufoque de Dragomol.

De quoi s’intéresser au deuxième niveau de lecture : des sujets plus complexes abordés sans lourdeur, tels une opposition de classes sociales bien réelle dans le monde d’aujourd’hui, la critique d’un capitalisme destructeur de mondes mêmes magiques, le harcèlement scolaire ou l’éveil d’une conscience sociale chez de jeunes collégiens.

Le dessin rond et tonique de l’auteur est le fruit de son utilisation de l’encre de chine et de la plume. Il utilise une encre très visqueuse qu’il fait sécher et qui est presque grattée par moments. La couleur est ensuite faite à l’ordinateur. Selon les dires de Simon Liberman : « (J’)embrasse les codes classique de la BD franco-belge, avec des corps plus cartoons. J’ai besoin d’un côté plus charnel où je veux qu’on puisse saisir et sentir le volume d’un gros nez, d’une grosse joue. Ça va avec cette idée de cartoon, comme dans les vieux Disney, comme s’il y avait des personnages en pâte à modeler en volume qui servaient de modèles. Je veux qu’on ressente la matérialité de ce qui est représenté par le dessin. »

Les aventures échevelées de Matilda, ce nom est un véritable clin d’œil à l’héroïne de Roal Dahl et à l’univers de l’auteur anglais, peuvent se lire dès dix ans, tant l’humour et le détournement constant des codes du fantastique facilitent une immersion rapide au cœur de l’intrigue pour de jeunes lecteurs. Vous l’aurez compris, les moins jeunes y trouveront tout autant leur compte, jusqu’à l’ultime pirouette scénaristique et la découverte de la « touillette magique » !

Laurent LESSOUS (l@bd)

« Dragomol : collège, chaussettes et sortilèges » par Simon Liberman

Éditions 4048 (21,90 €) – EAN :  9782383871453

Parution 11 septembre 2026

Galerie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>