L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
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Avec la fin de cet intelligent et émouvant diptyque, qui est aussi joyeux que révoltant, Étienne Davodeau (« Les mauvaises gens », « Rural ! » ou « Un homme est mort ») prouve, une fois de plus, qu’il est un grand maître de la narration en bandes dessinées !
Son art du dialogue et du découpage (sans parler de son style graphique lâché qui se bonifie d’album en album ou de sa maîtrise des techniques de la couleur, dont les nuances de douceur participent indiscutablement à la fluidité de la lecture) atteint peut-être un paroxysme avec cet étonnant portrait, peint avec tout le tact nécessaire, d’une femme bien ordinaire.

La bonne idée narrative de l’auteur (dont on ne finira jamais de vanter les mérites) est surtout d’avoir fait raconter cette parenthèse, dans une vie de servitude, par les proches de cette mère de famille modeste. Lors d’un dîner en soirée, ils vont tous témoigner, à tour de rôle, essayant de comprendre son attitude : en effet, à plus de 40 ans, ayant passé ses meilleures années à s’occuper de son foyer, Lulu a cherché à reprendre son travail de secrétaire de direction, sans succès ; et, complètement dépitée, elle a décidé de tout abandonner et de prendre des vacances au bord de la mer…
Après avoir quitté le camping d’un compagnon et amant de passage, elle poursuit son errance en descendant sur la côte ; elle y rencontre une très vieille dame, encore très énergique, qui lui propose de l’héberger gratuitement à condition qu’elle lui raconte son quotidien… : un soutien qui s’avère nécessaire pour que la fugitive reprenne le dessus…
Sans glorification, ni misérabilisme, nous avons encore droit à toute une galerie de personnages tous plus émouvants, plus ambigus et plus humains les uns que les autres, qui nous transportent, nous font voyager et, bien sûr, nous émeuvent…
Gilles RATIER
? Lulu femme nue T.2 ? par Étienne Davodeau
Éditions Futuropolis (16 Euros)








