Louis ramène sa petite famille sur le bord de mer où il avait déjà passé des vacances avec son père, son oncle et sa tante, quand il n’avait que dix ans. Il va même jusqu’à relouer, pour quelques jours, la vieille maison où ils logeaient. En se promenant sur la plage, il se retrouve face à une falaise où une ancienne et menaçante villa en ruine résiste encore. Les souvenirs d’un été des insouciantes seventies lui reviennent immédiatement à l’esprit, alors que ses copains lui racontaient qu’y vivait une sorcière censée savoir parler aux morts… Pour cette convaincante plongée dans un passé qui marqua durablement cet enfant, le délicat scénariste Vincent Zabus s’est adjoint le trop rare Denis Bodart, dont le dessin s’accorde ici parfaitement à l’émotion du récit.
Lire la suite...« La Pès Rekin » T1 par J. Jouvray et S. Presle
« La pèche aux requins » ! La pèche au gros ? Non, c’est plutôt à la pèche aux petits, aux marginaux, aux déclassés de la société réunionnaise que nous convient les auteurs. Les touristes de bord de plage peuvent passer leur chemin?
Les autres ouvriront ces pages qui exhibent les arrière-cours, les basses-cours même et des individus… pas faciles ! Phil, par exemple, un alcoolo un peu barge qui capture des chien vivants pour servir d’appât aux requins (ça donne le ton, sans jeu de mots !), pèche illégale qui n’est pas pire que la chasse aux chiens ! On fait connaissance également de Nelson, un ado déscolarisé qui dérive inéluctablement vers la délinquance et dont le père paysan manie aussi bien la machette dans les champs de canne à sucre que ses poings sur le visage de son fiston rebelle. Alors Nelson fugue et trouve momentanément refuge chez Yacoub, un dealer rasta, pittoresque et philosophe ! Puis c’est la dégringolade ultime : il se fait kidnapper par Phil ! Dans quel but ? C’est le second tome qui nous le dira ! Toujours est-il qu’avec un tel « avant-propos », le malaise s’empare du lecteur, lui noue les tripes d’autant que le trait de Jouvray (si bon, déjà, dans les 6 tomes de » Lincoln » ou les deux volumes de » L’Idole dans la bombe « ) excelle dans la représentation des décors glauques et des individus a priori patibulaires.

Alors qu’à La Réunion, le créole est partout, l’album le convoque avec modération, question de lecture mais il le distille efficacement avec un petit lexique en fin d’ouvrage. Et Presle connaît l’île Bourbon, il y a passé son enfance ! Il en brosse un portrait sombre, miséreux, où on le sent attaché à ces racines et déçu de ce qu’elles deviennent. Il rééquilibre ainsi la vision lumineuse et fascinante que l’île offre si aisément.
Notons que Tehem vient de publier » Quartier Western » (aux éditions Des Bulles dans l’Océan, dont nous avons parlé dans un article précédent) où il raconte son enfance dans la Réunion des années 70.
Enfin, indiquons que la BD sert aussi à La Réunion pour sensibiliser les jeunes au fléau des violences intrafamiliales, précisément.
La boucle est bouclée et dans » La Pès Rekin « , c’est celle du ceinturon !
Allez, » assé kozé « , bon voyage !
Didier QUELLA-GUYOT (L@BD)
« La Pès Rekin » T1 par Jérôme Jouvray et Stéphane Presle
Éditions Futuropolis (15 €)







