Après le livre à succès de Giuliano da Empoli qui a résonné de façon saisissante avec l’actualité géopolitique (puisqu’achevé en janvier 2021, soit un an avant l’invasion de l’Ukraine), puis le film réalisé par Olivier Assayas sorti l’an passé — où le célèbre acteur britannique Jude Law interprétait le rôle de Vladimir Poutine —, voici donc la BD ! Et force est de constater qu’elle est réussie : Luc Jacamon (le dessinateur de la série « Le Tueur », sur scénarios de Matz) ayant, notamment, accompli un remarquable travail graphique et d’adaptation… Son Vadim Baranov, ancien théâtreux et producteur de télévision devenu l’éminence grise du controversé président de la Fédération de Russie — d’où son surnom de Mage du Kremlin —, est aussi envoûtant qu’intrigant…
Lire la suite...« Ratafia T7 : Un besoin de consolation » par Johan Pilet et Nicolas Pothier
C’est la rentrée pour tout le monde. Même le Capitaine de la Kouklamou doit reprendre la barre. Mais un problème est survenu pendant ces vacances. Romuald, le second, et l’équipage ont fait du zèle. Ils ont arraisonné un grand nombre de navires, remplissant la cale d’un impressionnant butin. Alourdie par les richesses, la Kouklamou prend l’eau. Insidieusement, des infiltrations ont inondé la bibliothèque du Capitaine abîmant définitivement ses livres, mais aussi « Consolation » : un ouvrage sur le chocolat se lisant d’une main, emprunté à la bibliothèque des pirates…
Malheureusement le règlement de cette structure, le Fameux Biblioboat Inter-mers, est intransigeant : tout livre perdu ou détérioré entraîne « la saisie totale des biens de l’emprunteur ».
Nos sombres héros de la mer partent alors à la recherche d’un nouvel exemplaire de « Consolation », afin de le remplacer pendant que madame Elzévir, responsable du F.B.I., et son équipage se lancent à la poursuite de la Kouklamou afin d’appliquer le vénal règlement. (1)
Après la Nipponie et la terrible forêt mamazonienne, Le Capitaine, Romuald, Rosebud, Chandler et les autres parcourent, pour cette septième aventure, une contrée encore plus étrange : le monde des livres.
Un monde en pleine mutation que Nicolas Pothier, scénariste facétieux et dialoguiste pétillant, nous montre au travers le prisme d’un humour virevoltant. Pour les amoureux de la langue, cet album s’inscrit dans la lignée des « Achille Talon » de Greg ou des « Clopinettes » de Gotlib et Mandryka. Jeux de mots, allitérations soulignent les interrogations de la librairie indépendante, la politique des grandes chaînes de distribution…
Illustrés par Johan Pilet (et mis en couleurs par Greg Salsedo), le rythme et l’univers cartoonesque de « Ratafia » se voient gratifier d’un équipage de bibliothécaires d’une rigueur absolue, terrifiant leurs usagers par leur réglementation inflexible et quelque peu disproportionnée.
À l’unisson de l’écriture malicieuse de Nicolas Pothier, le dynamisme du trait de Johan Pilet nous donne un album sincère et généreux. Ainsi, près de dix après sa création la série « Ratafia », voit donc arriver un nouveau tome qui sera, pour ceux qui ont un vrai besoin de consolation, une vraie panacée. Pour les autres, cette aventure bibliophilique maritime sera une réelle gourmandise.
Brigh BARBER
(1) Sans rire, pensez à rendre vos documents à temps…
« Ratafia T7 : Un besoin de consolation » par Johan Pilet et Nicolas Pothier
Éditions [Treize étrange] (11,50 €) — ISBN : 9 782 723 498 951













