Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« 40 éléphants T1 : Florrie, doigts de fée » par Virginie Augustin et Kid Toussaint
Entre les XIXe et le XXe siècle, le Castle Gang, exclusivement composé d’hommes, sévit à Londres. Au cours de la Première Guerre mondiale, alors que les hommes sont partis combattre en France, le gang des Forty Elephants, uniquement composé de femmes , aux compétences différentes, est créé par Alice Diamond. Une histoire vraie qui a inspiré une fiction passionnante à Kid Toussaint.
À Londres, en avril 1920, Florrie Holmes, une jolie rousse et pickpocket talentueuse, attire l’attention d’Esther, membre des 40 éléphants : un gang de voleuses dirigé par Catherine Bishop (alias Queen Kate) et inspiré par celui des 40 voleurs d’Art Stocker, composé uniquement d’hommes. Sous le sobriquet de Florrie doigts de fée, la jeune femme se taille rapidement une belle réputation auprès de ses compagnes, en participant à des razzias parmi les grandes enseignes londoniennes.
Kidnappeuses, tueuses, cambrioleuses, proxénètes, voleuses… composent ce véritable syndicat du crime organisé, où les règlements de comptes sanglants sont quotidiens. Florrie n’appartient pas à leur monde, infiltrée au coeur du gang avec le concours de l’inspecteur Sacks de Scotland Yard. La jeune femme recherche son neveu, enlevé dans son berceau après le décès de sa soeur morte de chagrin. Une longue quête sanglante dont la conclusion surprendra plus d’un lecteur.
Kid Toussaint (« Holly Ann », « Magic 7 »…) propose une intrigue dense, riche en rebondissements, aux personnages impressionnant de vérité, à la fois crédibles et attachants dans leur désespérance face au système en place. Documentée, grouillante de vie, cette histoire est mise en images par Virginie Augustin (« Alim le Tanneur », « Whaligoë », « Monsieur désire ? »), qui offre de son trait sensuel une image réaliste et désespérée du Londres de l’entre-deux guerre. Hubert, coloriste dont l’éloge n’est plus à faire, renforce les références aux films noirs des années 1920 à 1960, souhaitées par le scénariste. Ce récit indépendant est le premier d’une série que l’on souhaite longue (pourquoi pas 40 tomes ?) consacrée aux différents membres des 40 éléphants. Prochaine invitée : Maggie Passe-Muraille.
Henri FILIPPINI
« 40 éléphants T1 : Florrie, doigts de fée » par Virginie Augustin et Kid Toussaint
Grand Angle (14,90 €) – ISBN : 978 2 8189 4352 6










