Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...Laissez-vous enchanter par « Le Mirliton merveilleux » : une BD de 1862 !
Après avoir exhumé les belles Images d’anticipation de G. Ri, les éditions 2024, encore une fois associées à celles de la Bnf, récidivent avec « Le Mirliton merveilleux » : un album lithographié et mis en couleurs à la main, publié en 1862 par la maison Martinet. Un conte de fées abracadabrantesque écrit par Jules Rostaing, auteur prolifique de livrets d’opéra-comique et de nombreux récits pour enfants, somptueusement illustré par Armand-Louis-Henri Telory, alias Henry Emy (1), et qui est dans la lignée des grands albums d’histoires en images de l’époque.
Destiné à un jeune lectorat, puisque paru en novembre dans la perspective des cadeaux de fin d’année, ce récit « merveilleux » raconte l’histoire à rebondissements rocambolesques du jeune roi Berlingo, être orgueilleux et vaniteux qui souhaite se marier avec la jolie Tapioka, fille d’un vieux marchand de jouets, par ailleurs magicien ruiné ; ceci au désespoir de la perfide fée Grain-de-tabac qui a des vues sur Berlingo.
Son futur beau-père fournit alors, comme dot pour l’épousée, un grand mirliton (c’est-à-dire une flûte) magique, « dans lequel il suffisait de demander, en musique, ce que l’on désirait pour être exaucé ». S’en suivent alors de nombreuses péripéties, qui se finiront évidemment bien, en 24 planches lithographiées — remarquablement restituées et imprimées dans cette édition — avec le texte qui court sous chacune.
Peu descriptifs, les écrits de Rostaing laissent le champ libre au crayon de Telory, dont le style oscille entre naturalisme et caricature, et c’est d’ailleurs, comme l’a justement fait remarquer en son temps un article de notre érudit et excellent confrère Topfferiana (http://www.topfferiana.fr/2013/10/le-mirliton-merveilleux-par-jules-rostaing-et-telory), l’une des particularités de cet ouvrage : avoir été l’une des premières histoires en images réalisées par l’association d’un écrivain et d’un dessinateur.
En effet, si ce partenariat était alors courant dans la littérature illustrée enfantine, jusqu’à lors, ce que l’on appellera bien plus tard la bande dessinée n’est l’œuvre que d’une seule et même personne, concevant textes et dessins à la fois.
Cela dit, il ne s’agit pas de la première collaboration entre Jules Rostaing (dramaturge, vaudeliste et rédacteur pour la revue Le Théâtre chez soi né en 1824, il est également auteur de livres pour enfants sous le pseudonyme de Mme Lambert) et le dessinateur Armand-Louis-Henri Telory (né à Strasbourg en 1820 et mort en 1874) qui déploie, ici, une certaine imagination graphique, s’inspirant notamment de l’art illustratif animalier de J.J. Grandville : ils ont déjà également signé, toujours chez Martinet, des ouvrages illustrés de façon plus classique, aucun ne ressemblant à cet étonnant « Mirliton merveilleux ».
Plume et crayon sont donc à l’unisson sur ce loufoque incunable du 9e art français, lequel rivalise d’inventions débridées et de mises en scène théâtrales (la page de titre représente d’ailleurs un lever de rideau) : et ce spectacle en planches dessinées de façon magistrale mérite vraiment d’être redécouvert, d’autant plus qu’il bénéficie, ici, d’une confection parfaite et d’un après-propos didactique fort intéressant dû à Carine Picaud, conservatrice à la Réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de France.
Signalons, enfin, que les éditions 2024 en profitent également pour rééditer un autre ouvrage essentiel de l’histoire de la bande dessinée : « Les Travaux d’Hercule » par Gustave Doré, célèbre artiste strasbourgeois (lui aussi) alors seulement âgé de 15 ans, album publié à l’origine chez l’éditeur Aubert en 1847. (1) Inutile de vous préciser que ces tribulations grotesques d’un fils de Zeus ventripotent sont, encore, indispensables à tous les amateurs de notre medium préféré, mais aussi de livres et de culture en général.
Gilles RATIER
« Le Mirliton merveilleux » par Armand-Louis-Henri Telory et Jules Rostaing
Éditions 2024/Éditions de la Bnf (28 €) — ISBN : 978-2-919242-96-2



















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