Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...« No War » ? Faut voir !
On vous invite au Vukland. Vous ne connaissez pas ? C’est pourtant une île située, d’après la carte fournie par l’auteur, entre Europe du Nord et Amérique du nord, au sud du Groenland. Et ce n’est pas l’Islande ! C’est un peu plus au sud, en tout cas dans l’imaginaire d’Anthony Pastor qui use de cette utopie pour aborder des thèmes bien réels, eux, dans une série d’albums dont les deux premiers tomes sont parus…
Le Vukland, ce sont deux îles, en fait : le Numak et Saarok. Dans cette dernière, vit le peuple autochtone Kivik en conflit avec les autorités, notamment avec le nouveau président, ultra libéral et aux méthodes sécuritaires sans concession. Au milieu de tout cela, des personnages en difficulté, notamment les jeunes. D’abord, Run, 17 ans, parents divorcés, dont la mère est une activiste kivik et le père, le responsable d’un projet de barrage qui risque d’engloutir des territoires kiviks sacrés.
Crise climatique oblige, tout le monde n’est pas d’accord ! De fait, la crise de société qui secoue le Vukland parle de nous, tant le récit évoque des situations écologiques qui nourrissent notre actualité : respect des peuples et respect de l’environnement, les deux indissolubles, sauf pour les marchands de progrès rentable et les politiciens sans état d’âme. Au-delà de cette chronique politico-sociétale, le récit se double d’un volet policier avec, au cœur, un meurtre étrange et l’existence de drôles de pierre aux pouvoirs particuliers, ce volet-là faisant basculer l’histoire vers le fantastique, semble-t-il !
Anthony Pastor se lance dans un projet de longue haleine. Il ne sait d’ailleurs pas exactement combien de tomes comptera sa série, mais l’idée est de sortir un titre tous les 6 mois. Le trait volontairement épais pour contourer personnages ou éléments de décor essentiels, joue la carte du croquis pour le reste avec traits fins et aplats noirs, jamais peaufinés, toujours dans l’efficacité. Les personnages sont extraordinairement expressifs et mobiles sur des décors plus story-boardés et tout cela fonctionne très bien. Parfaitement, même, et correspond bien à l’enjeu que s’impose l’auteur : réaliser un « dessin narratif », que « le graphisme soit une écriture » et arrêter le dessin « quand l’information est donnée » !
On est très loin, thématiquement et graphiquement, du « Sentier des reines » publié chez le même éditeur en 2015 et chroniqué ici-même. Antony Pastor fait ainsi preuve d’une volonté intransigeante pour se trouver un style et le résultat force l’admiration !
Alors, bonne découverte du Vukland… dont beaucoup d’indices font tout de même penser à l’Islande, ne serait-ce que la statue du viking Leif Erikkson présente pages 69-70 du tome 1 et installée… à Reykjavik !
Et rendez-vous pour le tome 3, tout début septembre…
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
[L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook.
« No War : T1 et 2 » par Anthony Pastor
Éditions Casterman (15 €) ISBN : 9782203158009 et 9782203047396











