Les mois qui ont précédé les grands bouleversements de 1936 servent de cadre à ce récit aux personnages soigneusement étudiés. Au milieu des années 1930, François, le fils de grands bourgeois vivant dans leur bulle, est confronté à une bande de jeunes adolescents : enfants d’ouvriers, dont il découvre le quotidien précaire. À partir de cette trame conventionnelle, Éric Stalner construit une histoire émouvante, flirtant avec la grande histoire. Un choc violent entre deux mondes qui s’opposent : prémices des soubresauts annonçant les années sombres de la Seconde Guerre mondiale.
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Louisiane, 1926. Ça sent le bayou à plein nez d’autant qu’un ouragan a tout démonté, tout emporté. Quand Wilson Darbonne s’y hasarde pour faire le bilan des dégâts, pour pêcher un peu aussi, il s’attend à tout sauf à trouver un gamin recroquevillé contre une souche, vivant, apeuré, affamé. Il le ramène chez lui, même s’il sait qu’il va au-devant des problèmes, car le môme est blanc !
Arnaud Floc’h, passionné de jazz, de blues, fou d’Amérique, s’intéresse ici aux petites gens, de ces couples de pauvres noirs survivant tant bien que mal dans leurs masures des marais. Pour les Darbonne, c’est d’autant plus vrai qu’ils ont déjà un enfant, Cletus, et il est aveugle. Un autre est mort, aussi, de maladie et le Vaudou n’a rien pu faire pour lui. Alors, ajouter de la peine à la peine, ça fait vraiment pas plaisir à la mère, Delilah, qui sait qu’abriter un jeune blanc, c’est pas risqué, c’est carrément mortel ! Pourtant, Wilson ne lâche rien ! Il faut le garder, il faut le sauver…
Les années passent, les enfants grandissent et le hasard, un jour de marché, se fait musique et chant de misère, bref se fait blues, le blues du vieil aveugle Wild Blind Commeaux. Et le destin bascule quand Wilson échange du poisson contre des guitares. Les enfants vont apprendre et Cletus devient bon, très bon, virtuose. Ses doigts glissent sur les cordes. Il faudra encore beaucoup d’années pour qu’ils en fassent un métier, ensemble, le Noir et le Blanc, dans un pays melting-pot qui, paradoxalement, n’aime pas les mélanges. Alors, monter un duo aussi provocant dans un Sud terriblement ségrégationniste, ce n’est vraiment pas gagné !
Les années qui suivent ne font évidemment pas de cadeaux aux Noirs, sauf pendant la Seconde Guerre mondiale où leur chair à canon vaut bien celle des Blancs. Arnaud Floc’h brosse ainsi, d’année en année, le destin de ces deux frères de musique, de leurs parents aussi qui ont beaucoup sacrifié pour qu’ils réussissent, au risque de tout perdre ! On suit avec beaucoup d’attention les atermoiements des uns, les difficultés des autres, on est constamment derrière eux, avec eux, et on ne peut plus les lâcher, d’autant qu’Arnauf Floc’h, de son trait épais, puissant, donne beaucoup de corps à ses personnages, comme aux décors qu’ils soient naturels ou urbains.
Après « Emmett Till » en 2015 (chroniqué ici-même) traitant déjà du racisme aux Etats-Unis, après « Le Carrefour » (dessiné par Gregory Charlet) et les deux tomes de « Monument Amour » (que nous avons fait ensemble), Arnaud propose là un titre complètement personnel, un album qui lui ressemble par la thématique et le ton de la chronique sociale qui prouve que, malheureusement – mais on le savait déjà ! -, la musique n’adoucit pas les mœurs !
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« Mojo Hand » par Arnaud Floc’h
Editions Sarbacane (19, 50 €) – ISBN : 978-2-3773-1202-3












Excellent livre! Sarbacane produit peu, mais bien, le contraire des Delsol ety Glénat, donc!