« Johnny Clem » : un enfant-sergent entre Nord et Sud…

Lorsque se reforme un duo de vieux routiers de la BD — le dessinateur Miras et le scénariste Philippe Charlot —, c’est pour retracer le destin d’un garnement en prise avec la folie belliqueuse des adultes. Go West !

D’emblée, en parcourant ce one-shot (riche de 62 planches), le brio du dessin réaliste de Miroslaw Urbaniak, alias Miras, saute aux yeux, particulièrement dans les nombreuses scènes de genre qui émaillent le récit. D’évidence, le sexagénaire dessinateur polonais maîtrise parfaitement l’expression, comme l’attitude de ses personnages. Singeant l’outil pinceau avec fougue, son encrage — sans doute numérique — habille son dessin avec générosité, lui conférant davantage de vie encore.

Usant essentiellement d’aplats, comme de la classique démarcation nette entre parties ombrées et parties lumineuses des figures, jouant de tonalités sourdes, d’harmonies en gris colorés, la couleur numérique sait rester en retrait du trait encré, par souci de lisibilité. Sa sobriété chromatique fait contrepoint au caractère baroque de cet encrage, marqué par la surabondance de traits évocateurs des plis des vêtements et des chevelures, par la généreuse multiplicité des coups de pinceau à l’intérieur du contour des figures… Accessoirement, on peut regretter parfois quelques tics numériques, telles la colorisation de traits en arrière-plans ou la froideur de certains dégradés ou modulations.

Avec ce nouvel opus de la collection Héros de guerre, le lecteur est plongé au cœur de la fratricide guerre de Sécession qui déchire la jeune nation américaine entre partisans du Nord et ceux des rebelles du Sud qui refusent l’abolition de l’esclavage. Une plongée à hauteur d’enfant.

Nous suivons particulièrement le destin singulier du Yankee John Klem, dit Johnny (le fils du boulanger Roman Klem de l’Ohio), âgé de neuf ans, lequel décide en 1861 de suivre les engagés volontaires de l’Union dans la défense de la cause du Nord, à la suite de l’appel du président Lincoln. Orphelin de Magdalene (sa mère) tragiquement fauchée par un train un an auparavant, éloigné d’un père élevant seul trois autres jeunes enfants, et refusant une belle-mère autoritaire, Johnny quitte son bourg natal de Newark par le train conduisant les premiers volontaires de l’Ohio à Colombus — la capitale de l’État — où ils sont incorporés dans un régiment d’infanterie. Refusé au recrutement, Johnny ne retourne cependant pas chez lui et suit, avec le chien Yank mué en mascotte, un groupe de volontaires du 24e régiment d’infanterie de l’Ohio… Dans l’armée, son labeur, sa détermination sont appréciés des soldats. Là, John retrouve un nouvel esprit de famille en partageant la vie militaire, le combat des nordistes contre les confédérés du président Jefferson Davis, confronté qu’il est aux obscénités des batailles, à la cruauté des hommes. Obstiné, le garçon apprend le tambour et parvient à devenir le tambour officiel de son régiment, sauvé par son instrument à la sanglante bataille de Shiloh, survivant à cette bataille où meurent 20 000 hommes… En 1863, à l’âge de 12 ans, désormais célèbre pour sa bravoure et affublé du surnom de Johnny Shiloh par un journal, le garçon est finalement incorporé au 22e Michigan sous le nouveau nom de John Lincoln Clem… Cependant, le département de la Guerre met heureusement fin à son engagement, suivant en cela l’interdiction de l’engagement des mineurs. Bref, laissons au lecteur le plaisir de découvrir la suite du destin du plus jeune sergent de l’armée américaine ! Pour conclure, avec ses personnages à la psychologie marquée, voici un album formidable à tout point de vue !

Jean-François MINIAC 

« Johnny Clem » par Miras et Philippe Charlot

Éditions Grand Angle (16,90 €) — EAN : 9791041115761

Parution 8 avril 2026

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