C’est une grande saga ambitieuse, dense et riche, qui commence avec « Le Secret des Sikah ». Blanche Sabbah envisage six volumes pour décrire les romances et les complots, ainsi que les intrigues et les guerres de familles rivales, dans une épopée médiévale teintée de magie. Elle s’approprie pour mieux les dévoyer les codes de l’heroic fantasy. Elle construit ainsi un récit palpitant aux thématiques contemporaines, féministes et écologistes qui surprendra plus d’un lecteur blasé, quelque soit son âge.
Lire la suite...Jeu dangereux de dames dans « La Cité des dames »…
C’est une grande saga ambitieuse, dense et riche, qui commence avec « Le Secret des Sikah ». Blanche Sabbah envisage six volumes pour décrire les romances et les complots, ainsi que les intrigues et les guerres de familles rivales, dans une épopée médiévale teintée de magie. Elle s’approprie pour mieux les dévoyer les codes de l’heroic fantasy. Elle construit ainsi un récit palpitant aux thématiques contemporaines, féministes et écologistes qui surprendra plus d’un lecteur blasé, quelque soit son âge.
Le royaume de Lorian est divisé en 12 duchés rivaux, mais soumis à l’autorité d’un roi. Quatre grandes familles nobles se partagent le pouvoir sur l’ensemble des provinces : les d’Alador, les Sorel, les Kraft et les Ébénite. Kinduna d’Ébénite vient d’avoir 18 ans. L’héritière des duchés du Sud est en âge de se marier et suscite bien des convoitises. Elle s’amuse de la cour empressée de ses nombreux prétendants, mais le choix définitif de son futur époux reviendra à son père ; soit le fils d’un duc, mais alors c’est courir le risque de livrer la moitié du royaume à une famille rivale, soit la promettre à un obscur petit baron pour ne pas offenser le roi. Elle se plaint de sa condition liée à son genre auprès de Baldwin, mais cet ami proche a du mal à la consoler ; il lui rappelle le sort du petit peuple dont il est issu : famine, misère et justice expéditive de la noblesse. Lui est prêt à tout pour s’extraire de sa condition sociale.
La situation politique se dégrade dans la capitale du royaume : la reine Alma de Sorel se meurt de la fièvre rouge dans le cloître où son mari l’a exilée, faute d’avoir donné un héritier à la couronne. Sa fille, la princesse Mahaut s’inquiète : une fois veuf, son père voudra sans doute l’enfermer dans un monastère pour laisser place dans le palais à sa nouvelle épouse, son ancienne maitresse et à son fils : le jeune et fragile prince héritier.
À la mort de la reine, le fragile équilibre politique du royaume se fissure : les grandes familles complotent les unes contre les autres. Mahaut, enfermée dans une abbaye, se découvre des dons de prescience interdits par la loi, Baldwin réussit à se placer comme conseiller auprès du roi et la guerre contre l’empire d’Aslée menace d’éclater. Une nouvelle croisade est lancée quand des dragons menaçants passent la frontière. Kinduna, Baldwin et Mahaut vont devoir affronter de nouveaux dangers…

On se doit de saluer les Å“uvres ambitieuses comme le premier volume de « La Cité des dames ». La trentenaire Blanche Sabbah a construit une saga médiévale composée de sorcellerie, de trahison, d’amitié et de romance. Un conte épique dont le souffle emporte de nombreuses et belles thématiques féministes, inclusives et écologistes.
Ce divertissement aux nombreux et inattendus rebondissements est finalement très éthique. L’autrice s’est nourrie des meilleurs sources citées en fin d’ouvrage : évidemment à l’œuvre, féministe avant l’heure, de Christine de Pizan « Le Livre de la cité des dames », mais aussi au « Prince » de Machiavel, aux essais historiques de Georges Duby, « Dames du XIIe siècle » ou « Bestiaires du moyen-âge » de Michel Pastoureau et « Discours de la servitude volontaire » d’Étienne de la Boétie.
On retrouve ainsi dans les discours du révolté Baldwin des mots de l’ami de Montaigne comme : « On doit avoir pitié de ceux qui, en naissant, se trouvent déjà sous le joug et leur pardonner si, n’ayant jamais connu la liberté, ils ne ressentent pas le malheur d’être esclave. »

Autrice engagée, se réclamant de ses illustres devancières Claire Brétécher, Catherine Meurisse ou Pénélope Bagieu, Blanche Sabbah s’est faite remarquée par des bandes dessinées féministes comme « Mythes & Meufs » et « Histoire de France au féminin » avec Sandrine Mirza. Elle entend ici montrer la fondation d’une cité idéale et féministe par des personnages qui ne sont pas tous d’accord sur les moyens à employer pour atteindre ce but. Avec son style graphique jeté, très expressif, elle dynamise un récit haletant, sans temps mort qui réserve de belles surprises jusqu’au cliffhanger final qui annonce un deuxième volume tout aussi audacieux, autour d’un univers riche et complexe dont on souhaite pénétrer encore davantage les arcanes les plus secrètes.
Laurent LESSOUS (l@bd)
« La Cité des dames T1 : Le Secret des Sikah » par Blanche Sabbah
Éditions Dargaud (23,00 €) – EAN :  9782205214079
Parution 24 avril 2026





















