« Fils de bourge » : un jeune homme révolté…

Les mois qui ont précédé les grands bouleversements de 1936 servent de cadre à ce récit aux personnages soigneusement étudiés. Au milieu des années 1930, François, le fils de grands bourgeois vivant dans leur bulle, est confronté à une bande de jeunes adolescents : enfants d’ouvriers, dont il découvre le quotidien précaire. À partir de cette trame conventionnelle, Éric Stalner construit une histoire émouvante, flirtant avec la grande histoire. Un choc violent entre deux mondes qui s’opposent : prémices des soubresauts annonçant les années sombres de la Seconde Guerre mondiale.

À la fin de l’été 1935, à Grammont, une petite ville du centre de la France, Jacques Bompierre est le nouveau sous-directeur de l’usine de papier dirigée par Mathieu de Souvenelles : un riche notable qui rêve de chasser la « chienlit communiste »… François Bompierre, son fils, partage son quotidien entre ses cours et ses balades à vélo… sans oublier les violents coups de ceinture infligés par ce père qui règne en despote sur sa famille. Au cours d’une promenade, le jeune homme croise la route d’une bande d’adolescents qui acceptent mal la présence de ce nouveau venu sur leur territoire. Paul, le fils d’un ouvrier de l’usine, lui explique les raisons de la haine de ces « rouges » envers les « bourges » dont leurs familles subissent, depuis des générations, les humiliations. Entre la brutalité d’un père violent — notable fascisant —, l’incompréhension de sa jeune sœur et la soumission de sa mère, François se rapproche peu à peu de ses nouveaux camarades ouvriers communistes. Après de longs combats, Mathieu de Souvenelles signe des accords avec les syndicats aidés par un François acquis à leur cause, et désormais endurci. Suit un mois de septembre enchanté, mais 1936 arrive et la grande histoire finit par rejoindre nos héros qui affrontent avec héroïsme la tourmente de la Seconde Guerre mondiale…

Éric Stalner présente une impressionnante galerie de personnages aux caractères soigneusement choisis : acteurs d’un récit aux multiples rebondissements, où se mêlent une intrigue juvénile digne des vieux romans de la collection Signe de piste et un cadre historique poignant. On retrouve avec plaisir son trait épuré : lequel privilégie la caricature aux images peaufinées de ses débuts, sans pour autant ne pas offrir à ses lecteurs quelques superbes décors campagnards. Notons que, bien que le récit soit curieusement sous-titré « Le Doux Printemps 1936 », l’intrigue se déroule essentiellement au cours de l’été 1935.

Éric Stalner.

Né le 11 mars 1959 à Paris, Éric Stalner et son frère aîné Jean-Marc, qui ne souhaitent pas divulguer leur véritable patronyme,unissent leurs talents pour se lancer dans la bande dessinée sous le pseudonyme Stalner. Ils réalisent des pochettes de disques et publient leur première bande dessinée : « Avant-guerre », en 1985, aux éditions Carrère, sous la signature JM et É Simon.

Après un album destiné à Vents d’ouest en 1989, le duo propose « Les Poux » aux éditions Glénat, suivi en 1990 du « Boche » avec Daniel Bardet. Ils réalisent « Fabien M. », puis « Malheig » aux éditions Dargaud. De retour chez Glénat, ils signent « Nordman », puis « Le Fer et le Feu ». Séparé de son frère depuis 1998, Éric poursuit seul ses travaux avec « Le Roman de Malemort » chez Glénat et « La Croix de Cazenac » chez Dargaud.

Les albums suivants paraissent à un rythme soutenu chez Glénat, Dargaud, Dupuis, Grand Angle et les Arènes BD : « À la recherche de Blanche », « Blues 46 », « Ange-Marie », « La Liste 66 », « Voyageur », « Flor de Luna », « Ils étaient dix », « La Zone », « Vito », « Exilium », « Bertille & Lassiter », « Héros de guerre », « La Grande Peste », « La Danseuse aux dents noires », « Un long silence », « Histoires sans fin », « Le Bossu de Montfaucon », « La Vérité sur Socrate », « 13 h 17 dans la vie de Jonathan Lassiter », « L’Oiseau rare »… sans oublier les adaptations de « La Curée », de « Pot-Bouille » et de « Rémi sans famille ». Certains récits sont écrits avec le concours de son fils Cédric Simon. Dessinateur au trait élégant, perfectionniste malgré un rythme soutenu et passant avec aisance d’un genre à l’autre, il figure parmi les meilleurs dessinateursapparus à la fin du siècle dernier.

Henri FILIPPINI

« Fils de bourge : le doux printemps 1936 » par Éric Stalner

Éditions Grand Angle (18,90 €) — EAN : 9791041117789

Parution 29 avril 2026

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