« Comanche Trail » : Rossi en état de grâce !

Le virtuose Christian Rossi n’en finit pas de réinventer le western… Après « Golden West », il remet en selle le jeune guerrier apache Woan, lequel était déjà le héros de son précédent album (1) et deviendra l’un des frères d’armes de Geronimo. Dans cette somptueuse tragédie en 118 planches (complétées par six autres pages de croquis et recherches), Rossi approfondit son obsession de la destinée crépusculaire des peuples indiens d’Amérique, en y apportant une dimension aussi épique que spirituelle…

Merci à l’auteur de nous avoir accordé une interview — où il nous en dit plus sur ce nouvel album et ses projets — que vous trouverez à la suite de la chronique…

En chemin pour retrouver sa tribu, après une longue période de bannissement, Woan va croiser la route d’un petit groupe d’Apaches Mescaleros échappés de leur réserve. Menés par leur shaman, ils ont tenté de chercher refuge chez les Comanches Numunus, car deux d’entre eux sont les frères de Petal : la femme du chef de cette tribu, le célèbre et terrible Quanah Parker. Or, ce dernier les humilie dès leur arrivée, en leur apprenant que l’infortunée Petal l’aurait déshonoré en le trompant. Atrocement mutilée au visage pour la punir de son infidélité, elle est désormais la honte des Numunus, lesquels n’arrêtent pas de la maltraiter…

La fratrie ne se sentant pas en sécurité, elle décide de fuir secrètement avec la squaw, ce qui va attiser la colère de Quannah qui se lance à leur poursuite, avec ses guerriers. C’est alors que Woan va se retrouver bien involontairement mêlé à cette vengeance meurtrière…

Comme souvent chez l’inoubliable dessinateur des « Errances de Julius Antoine », de « La Gloire d’Héra », « Tirésias » ou « W.E.S.T. » (2), son trait réaliste devient presque fantasmagorique, et son travail sur la lumière et le mouvement est une fois de plus saisissant. Pourtant, il n’est jamais vraiment satisfait de ce qu’il fait et il est sans arrêt à la recherche d’expérimentations ou de techniques nouvelles : ceci pour essayer de faire toujours mieux et rendre son graphisme encore plus émouvant !

Par ailleurs, là encore comme à son habitude, la double narration qu’il utilise ici (et qui finira par n’en faire plus qu’une) est parsemée de passages oniriques et ésotériques, où la magie est omniprésente : car la malédiction qui pèse sur son héros ne semble pas vraiment dissipée… Mais il devrait quand même s’en sortir cette fois-ci, puisque Christian Rossi annonce un troisième volet de ses aventures dans l’interview qu’il a accordé à notre collaborateur Patrick Bouster : voir ci-dessous !

Signalons également que les éditions Casterman offrent un carnet de croquis de 16 pages, tiré à 1 500 exemplaires pour l’achat de ce titre dans les librairies Canal BD participantes et qu’un tirage de luxe limité de 144 planches (au format 28,5 x 38,5), présentant la version lavis préparatoire à la mise en couleurs finale, précédée d’un texte introduisant à cette œuvre d’une vingtaine de pages qui est abondamment illustrée par des inédits (croquis de recherches, peintures et aquarelles), sera publié chez I Éditions en septembre. (3)

Gilles RATIER

Couverture du tirage de luxe chez I Éditions.

(1) Voir sur BDzoom.com : « Golden West » : Christian Rossi seul en selle pour célébrer le peuple de Geronimo…

(2) Sur Christian Rossi, voir aussi : « La Gloire d’Héra » et « Tirésias » : entretien avec Christian RossiChristian Rossi : tout pour le dessin, en cavalcade !« Niala » : une cible parfaite pour les ayatollahs du politiquement correct…« La Ballade du soldat Odawaa » : des snipers amérindiens acteurs d’un western en pleine Guerre 14-18…Les westerns de Christian Rossi (première partie)Les Westerns de Christian Rossi (deuxième partie)« Le Cœur des Amazones » par Christian Rossi et Géraldine Bindi. « La Gloire d’Héra — Tirésias : édition complète » par Christian Rossi et Serge Le Tendre« Deadline » par Christian Rossi et Laurent-Frédéric Bollée« XIII Mystery T9 : Felicity Brown » par Christian Rossi et Matz« Tirésias » et « La Gloire d’Héra »Paulette Comète T.1

 (3) Voir : https://www.editions-i.com/ouvrages/comanche-trail-109.htm.

Entretien avec Christian Rossi

Cristian Rossi.

BDzoom.com  Bonjour, Christian Rossi. L’un des personnages principaux de « Comanche Trail », Woan, était au centre de votre album précédent : « Golden West ». Mais est-ce véritablement une suite de son histoire — en deux tomes au lieu d’un — ou une grande digression ? Détail troublant, et assez rare en BD, la scène d’enfance où Chatto est tué par un ours et Woan banni, laissé seul, est reprise d’une autre façon…

Christian Rossi — Dans cet album, je raconte les péripéties de Woan avant qu’il rejoigne son clan, car, dans le précédent récit, j’avais fait un raccourci, une ellipse. Ce sont donc deux histoires différentes, avec le même personnage. Et je rappelle l’épisode de l’ours — la blessure d’orgueil de Woan —, pour l’expliquer aux lecteurs n’ayant pas lu « Golden West ». De fait, c’est un diptyque, mais pas volontairement : le processus s’est fait au fur et à mesure.

BDzoom.com  Après « Golden West », on imagine que vous n’aviez pas épuisé le propos. Mais celui-ci est plus dense, plus documentaire aussi, sur les Indiens, la nature, leur culture, leurs habitudes…

Que souhaitiez-vous transmettre ?

Christian Rossi — Je ne vois pas les choses comme cela, car je suis l’auteur, pas un lecteur. Je trouve la nature aussi présente, sinon plus, que dans le précédent album… « Comanche Trail » est assez linéaire, je pense, sans trop d’aspects documentaires ou sur la nature.

Il y a un thème central que je souhaitais aborder, c’est l’amour impossible. Il y a d’autres résonances, mais ce thème est primordial dans cette histoire. Petal est un vrai prénom indien, très beau.

BDzoom.com  Parlons un peu technique : « Golden West » était aux encres acryliques, donnant un aspect mat. Ici, c’est plus léger, mais détaillé, avec des nuances plus nombreuses. Cela ne sent pas l’aquarelle : s’agit-il de gouache détrempée, d’encres de couleur ?

Christian Rossi — Des encres de couleur acryliques, oui, comme pour « Golden West ». Maintenant, je ne fais plus de découpage précis comme je le faisais au temps de « Jim Cutlass ».

J’écris, et je conçois ma mise en scène, ma mise en place graphique au moment de l’écriture.

BDzoom.com  Après l’édition normale, viendra en septembre prochain une édition limitée, grand format, pouvant être qualifiée de luxe, aux éditions i, lesquelles ont commencé la souscription (2). Pouvez-vous nous dire un mot sur les apports, les points saillants de cette édition ?

Christian Rossi — Cette édition présentera les planches au lavis, avant la mise en couleurs définitive, la mise en volumes. Les couleurs sont déjà présentes, bien sûr, mais avant les dernières améliorations. Pour l’album précédent, on me l’avait demandé, mais trop tard, car la mise en couleurs définitive avait déjà été réalisée pour un ensemble de planches. Ici, pour « Comanche Trail », j’ai pris soin de tout scanner avant. Un cahier spécial ajoutera des bonus du type habituel : recherches de personnages et de décors, essais, projets, versions alternatives…

BDzoom.com  Comment expliquez-vous le regain des BD westerns « de qualité » (avec par exemple — après et au-delà de « Bouncer » et « Undertaker » — le succès de « La Venin », les collectif « Go West » de Tiburce Oger, la collection historique western de Glénat, les Charles qui préparent un deuxième album dans cette thématique, et tout le reste à venir, y compris en roman graphique) ? Regain auquel vous participez !

Christian Rossi — J’ai constaté ce phénomène, et j’en suis très heureux. Le western est un formidable terrain de jeux, excitant, amusant, où l’on se confronte avec de grands maîtres de la bande dessinée, mais aussi du cinéma… C’est un genre propice aux histoires à raconter, un domaine inépuisable.

BDzoom.com  Une idée est-elle déjà présente pour un prochain album ? Peut-être allez-vous faire une pause en western ?

Christian Rossi — Non. J’ai l’impression de ne pas encore être allé au bout du propos, donc il y a de grandes chances qu’un troisième et dernier album voit le jour dans la lignée de cette histoire ! Je vais aborder la question de la maturité de Woan, qui, à la fin de « Golden West », trouve une pépite d’or et va devenir riche. Se compromettra-t-il, sera-t-il victime de racisme, quelle sera la suite de son destin ?

Toute cette histoire est celle de la résilience d’un homme qui a dû briser les liens avec sa famille. Certains autres membres sont dans des réserves, ont sombré dans l’alcool. Mais ce personnage-là ne subit pas la misère ou d’autres situations qui tirent vers le bas. Il affronte dignement, il est vertueux et le reste, il est son propre guide. C’est un vrai héros, enraciné, qui a appris à se débrouiller seul. Il y a quelque chose de spirituel dans cette attitude.

Par ailleurs, les Blancs contre les Indiens, et inversement, cela a beaucoup été raconté, mais entre Indiens, beaucoup moins. Je croyais, avec d’autres, que la branche amérindienne la plus violente était celle des Apaches. Eh bien non : ce sont les Comanches ! Ils ont été en conflit permanent ! Les Comanches ont chassé les Mescaleros Apaches des plaines du Sud. Quanah, représenté dans cet album, était un chef comanche : une figure bien réelle, qui a d’ailleurs épousé une femme mescaleros. Ce que l’on sait peu, c’est que leurs langues étaient très différentes. Bref, j’en ai donc encore à dire et à dessiner…

BDzoom.com  Christian Rossi, merci !

Patrick BOUSTER

« Comanche Trail » par Christian Rossi

Éditions Casterman (30 €) — EAN : 9782203284135

Parution 20 mai 2026

« Comanche Trail » par Christian Rossi : version lavis en tirage limité numéroté et signé

Éditions (249 €) — EAN : 9782376502128

Parution septembre 2026

 

Galerie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>