Nous nous devions dans cette rubrique consacrée aux bandes dessinées pour la jeunesse de signaler les débuts d’une prometteuse collection aux éditions Les Arènes BD. C’est Joann Sfar qui dirige Les Enchanteurs. Dans cette collection chaque album propose une relecture libre et contemporaine d’histoires intemporelles : en particulier des contes. Ainsi « Niglo et le renard » revisite l’histoire du Petit Poucet et « Le Seigneur des cailloux » est un hommage amusé au « Seigneur des anneaux » de J. R. R. Tolkien.
Lire la suite...Le retour enchanteur de Joann Sfar en bande dessinée jeunesse, avec « Niglo et le renard » et « Le Seigneur des cailloux »…
Nous nous devions dans cette rubrique consacrée aux bandes dessinées pour la jeunesse de signaler les débuts d’une prometteuse collection aux éditions Les Arènes BD. C’est Joann Sfar qui dirige Les Enchanteurs. Dans cette collection chaque album propose une relecture libre et contemporaine d’histoires intemporelles : en particulier des contes. Ainsi « Niglo et le renard » revisite l’histoire du Petit Poucet et « Le Seigneur des cailloux » est un hommage amusé au « Seigneur des anneaux » de J. R. R. Tolkien.
Du temps des Lumières du XVIIIe siècle, celles-ci tardent à arriver dans l’Est de l’Europe. Ainsi, dans les steppes du Sud de l’Empire russe, Niglo est un jeune tzigane dont la famille subit régulièrement la violence des populations sédentaires. Un beau matin, il se réveille dans sa roulotte, serré contre sa guitare, mais ses parents ont disparu.
Cela le laisse désespérément seul : « Le Petit Poucet a beaucoup de chance, il sait que ses parents sont méchants. Donc ils ne lui manquent pas. Moi, je me suis réveillé un matin seul et je ne m’en remets pas, car je n’ai jamais rien fait sans ma famille. Depuis ma naissance on rit ensemble, on a faim ensemble. D’une ville à l’autre, on joue de la musique ensemble. On se fait foutre dehors en groupe. On se fait haïr ensemble par des gens qui pourtant adore notre musique. »
Commence alors, pour le jeune garçon, une errance solitaire avec, pour seul compagnon, un renard avec qui il se lie d’amitié. Il part à la recherche de sa famille : une quête qui semble bien vaine au subtil animal pour qui le seul endroit où sa famille vit encore c’est en lui. Pour survivre, ils se produisent dans de petits spectacles dans des villages. À la fin de l’un d’eux, ils s’enfuient en sauvant de la colère des moujiks une mère, un peu voleuse, et ses deux enfants dont un tout jeune nourrisson. Leur périple se poursuit jusqu’à ce que leur route croise une troupe de cosaques qui vient de massacrer un village. Ils se cachent, mais délivrent un dangereux individu prisonnier d’une cage en fer. Niglo, son renard, et les trois voleuses trouvent un nouveau protecteur.


« Niglo et le renard » est l’œuvre de Joann Sfar pour le scénario et le dessin. On y retrouve certaines des thématiques qui lui tiennent à cœur : comme le voyage, tant l’errance que l’introspection, la recherche d’identité et d’une famille protectrice quand les parents génétiques font défaut ou le besoin de rencontres de personnes différentes pour se constituer personnellement.
Dans cette relecture du conte du « Petit Poucet » sous un angle mélancolique et onirique, son trait spontané et aquarellé fait merveille. De quoi donner profondeur et légèreté à ce récit parfois sombre, comme le doit être un conte.
On ne retrouve Joann Sfar qu’au scénario du « Seigneur des cailloux », pour lequel il a laissé le dessin à Benjamin Chaud. Loin d’un conte de Charles Perrault, la bande dessinée se déroule dans un univers de fantasy atemporel. Phébus est un jeune homme qui vit assez misérablement dans une région montagneuse peuplée d’humains et de trolls de pierre. Il survit en récoltant des cailloux qu’il concasse pour nourrir de gigantesques trolls. Un jour, Maxime, son ami troll, découvre une grotte avec sept cercueils auxquels est reliée une pierre précieuse. Dévoré par la curiosité et l’envie, Phébus en prend possession. Il déclenche alors un enchaînement funeste : pour lui, mais aussi pour une jeune sorcière, un bébé seigneur nain, des cannibales et une musaraigne anthropomorphe tenancière d’un saloon et de bons conseils.
Ce récit revisite avec humour et moult clins d’œil les récits de fantasy comme « Le Seigneur des anneaux », d’ailleurs Tolkien y est cité page 17 pour justifier un long aparté sur l’anatomie des trolls comme l’auteur du « Hobbit » en avait écrit un sur l’herbe à pipe, avant que l’aventure de son héros ne commence véritablement.
Ce conte, joyeux et naïf dans sa première partie, prend une tournure plus tragique par la suite, avec des avertissements moraux pour les lecteurs, jeunes et adultes, et un dénouement pour le moins inattendu.


Le dessin de Benjamin Chaud s’inspire ici de celui de son scénariste : expressif, souple et coloré.
Nous avions apprécié son travail, il y a dix ans déjà, sur « Tous super-héros » : une bande dessinée qui apportait avec finesse et humour des pistes ludiques pour lutter contre les préjugés de toutes sortes.
Les deux albums augurent du meilleur pour la suite de la collection Les Enchanteurs.
Trois titres sont d’ores-et-déjà annoncé pour 2027 : « Le Trône périlleux » de Jérôme Lereculey et Joann Sfar, « La Patate céleste » de Joann Sfar et « Un monstre paladin » de Tony Sandoval et Joann Sfar.

Laurent LESSOUS (l@bd)
« Niglo et le renard » par Joann Sfar
Éditions Les Arènes BD (25,00 €) – EAN : 9791037516114
Parution 15 octobre 2026
« Le Seigneur des cailloux » par Benjamin Chaud et Joann Sfar
Éditions Les Arènes BD (25,00 €) – EAN : 9791037514967
Parution 15 octobre 2026

























