Avec le somptueux « Nouvelle France », le scénariste Stephen Desberg et le dessinateur Bernard Vrancken mettent en scène une captivante aventure humaine durant les guerres coloniales nord-américaines du XVIIIe siècle. Quand l’histoire rencontre le fait d’hiver…
D’emblée, par son sujet, cet album généreux (riche de quelque 113 planches et 128 pages) convoque le souvenir d’un autre grand récit : celui de Hugo Pratt paru chez Casterman en 1976 : « Fort Wheeling ». Si Pratt jouait de son admirable noir et blanc, Vrancken joue de la couleur avec ce nouvel album : une couleur où prime la valeur dramaturgie, entre noirceur des ombres et blancheur de l’hiver.
Bienvenue à Jobourg
Il faut croire que Pascal Rabaté prend un malin plaisir à brouiller les pistes et à surprendre son lecteur en permanence. Sorti de l’expérience (réussie) d’Ibicus, où il avait adapté le roman d’Alexis Tolstoï au lavis, le voilà qui réalise sa première bande dessinée en couleur, dans un style graphique encore différent.
Mais ce qui ne change pas chez Pascal Rabaté, c’est son immense talent de narrateur et de « photographe » de la vie sociale. Loin des beaufs dont il aimait dépeindre les mœurs il y a quelques temps encore, il livre ici un récit tout en finesse et subtilité. Semi-autobiographique, Bienvenue à Jobourg traite de l’intégration d’un jeune français en Afrique du Sud. Derrière les différences culturelles se pointent immédiatement l’insécurité permanente et les inégalités post-apartheid. Pourtant le jeune homme s’adapte et mieux encore, se passionne pour cet autre monde dans lequel il finit par se fondre.
Bien sur, cette chronique sociale regorge de situations croustillantes, que nous ne vous livrerons pourtant pas ici. Car, comme tout ouvrage fin et jubilatoire, il mérite une lecture vivante et intégrale, pour que la découverte produise son effet une fois le livre refermé. LT
Le Seuil – 14€






