Louis ramène sa petite famille sur le bord de mer où il avait déjà passé des vacances avec son père, son oncle et sa tante, quand il n’avait que dix ans. Il va même jusqu’à relouer, pour quelques jours, la vieille maison où ils logeaient. En se promenant sur la plage, il se retrouve face à une falaise où une ancienne et menaçante villa en ruine résiste encore. Les souvenirs d’un été des insouciantes seventies lui reviennent immédiatement à l’esprit, alors que ses copains lui racontaient qu’y vivait une sorcière censée savoir parler aux morts… Pour cette convaincante plongée dans un passé qui marqua durablement cet enfant, le délicat scénariste Vincent Zabus s’est adjoint le trop rare Denis Bodart, dont le dessin s’accorde ici parfaitement à l’émotion du récit.
Lire la suite...« La Chiva colombiana » par Christophe N’Galle Edimo et Fati Kabuika
Une « chiva » ? C’est en Colombie le surnom donné à ces bus colorés, chatoyants (en fait les jaune, bleu et rouge empruntés aux couleurs du drapeau national), qui transportent entre ville et campagne tout ce qui est vivant (personnes et animaux) et tout ce qui ne l’est pas, pêle-mêle ! La chiva présente de larges accès latéraux, comme ceux des petits trains touristiques (ce que deviennent d’ailleurs souvent les chivas, remplacés par des bus plus conventionnels). La chiva, symbole de la Colombie et des pays voisins, est l’objet souvenir, en terre cuite peinte à la main notamment, le plus rapporté par les visiteurs de l’Amérique latine. Ortiz rêverait d’en conduire un…
Oui, Ortiz, un des personnages de l’album « La Chiva colombiana ». Il se verrait bien conduire ça un jour, mais Ortiz est un pauvre parmi les pauvres comme ses amis du petit groupe « El Polvo del Sol » (La poussière du sol »). Sous ce nom poétique se cachent en fait de jeunes délinquants, désœuvrés, qui descendent régulièrement vers Buenaventura, une grande ville de la côte (région du Cauca) pour voler et détrousser. Tout, sauf la drogue, car « El Polvo del Sol » a des principes ! Surtout Ortiz, un idéaliste qui n’est pas prêt à tout. Avec Ortiz, il y a Ariel, César, Mananza… et Lucia ! Lucia est une fille libre, aimante, naturelle, jusqu’à ce jour où, menacée de mort, elle va devoir participer à un trafic de cocaïne. Comment résister aux menaces ? Comment résister à l’argent qui peut la libérer ? Dès lors, les virées à Buenaventura sont pour elles d’une autre nature. Mais l’histoire dérape et sous la pression de narco-trafiquants, tout se lézarde. Certains fuient le village…
Tout en appuyant là où ca fait mal : la pauvreté, l’exclusion (celles des Noirs par le reste de la population…), la guérilla et ses différentes factions (les FARC ? l’AUC ? Les Aguilas Negras ?…), les atermoiements d’Ingrid Betancourt ou les forces de police très chatouilleuses, l’histoire donne de la Colombie une image chaleureuse dont quelques notes infrapaginales éclairent pourtant la dramatique actualité.
« La Chiva colombiana », c’est enfin un récit étonnamment dessiné. A première vue, le graphisme du Congolais Fati Kabuika semble chaotique puis on s’aperçoit qu’une mise en couleurs à l’aquarelle, à grands traits, sur un crayonné esquissé et caricatural, structure en profondeurs ces cases dynamiques qui exhibent une violence parfaitement accordée au récit concocté par Christophe N’Galle Edimo.
Alors, bon voyage !
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook)
« La Chiva colombiana » par Christophe N’Galle Edimo et Fati Kabuika
Éditions Les Enfants Rouges, (18 €) – ISBN : 978-2-3541-9050-7
NB : Sur Buenaventura, voir l’article « Buenaventura, refuge incertain de milliers de ‘déplacés’ du conflit armé ».










