Louis ramène sa petite famille sur le bord de mer où il avait déjà passé des vacances avec son père, son oncle et sa tante, quand il n’avait que dix ans. Il va même jusqu’à relouer, pour quelques jours, la vieille maison où ils logeaient. En se promenant sur la plage, il se retrouve face à une falaise où une ancienne et menaçante villa en ruine résiste encore. Les souvenirs d’un été des insouciantes seventies lui reviennent immédiatement à l’esprit, alors que ses copains lui racontaient qu’y vivait une sorcière censée savoir parler aux morts… Pour cette convaincante plongée dans un passé qui marqua durablement cet enfant, le délicat scénariste Vincent Zabus s’est adjoint le trop rare Denis Bodart, dont le dessin s’accorde ici parfaitement à l’émotion du récit.
Lire la suite...« La Douce » par François Schuiten
« La Douce » nous raconte l’histoire de Léon Van Bel : un machiniste proche de la retraite qui, constatant avec regret le déclin du transport ferroviaire au profit de téléphériques, refuse de voir sa locomotive à vapeur finir entre les mains de ferrailleurs.
Basée sur un modèle qui a réellement existé, cette machine est donc au cœur de l’histoire et c’est aussi la première fois que l’extraordinaire graphiste qu’est François Schuiten (ses dessins sont toujours aussi précis que dans des plans d’architecte et son travail sur les perspectives est vraiment formidable) est seul aux commandes d’un album de bandes dessinées.
Comme son scénariste habituel, Benoît Peeters, était en train d’écrire une biographie de Jacques Derrida nécessitant un long travail de recherche et d’écriture (et qu’il ne pouvait donc pas avoir le loisir de pouvoir commencer, avant un certain temps, un nouvel album des « Cités obscures »), le dessinateur a pensé que c’était le bon moment pour se mettre au défi de réaliser un livre en solo. Encouragé par son complice écrivain, il se mit donc au travail. Inspiré par un projet scénographique réalisé pour un musée du train (à Louvain), il se documente alors sur la transformation, à la fin des années cinquante, du mode de traction ferroviaire ; et, au final, il en découlera un ouvrage onirique, glissant souvent vers le fantastique, qui a, évidemment, beaucoup de choses en commun avec le monde des Cités Obscures : ce qui est loin d’être un handicap, bien au contraire !
Progressivement mis en place depuis déjà pas mal de temps, le pari est donc réussi avec ces quatre-vingts pages, proposées en un somptueux noir et blanc, qui évoquent, bien entendu, l’environnement industriel du début du XXe siècle ; mais ce bel album pose aussi la question de l’adaptation ou de la résistance à l’inévitable évolution technique, laquelle ne doit pas signifier la destruction d’un patrimoine culturel : car l’avenir ne doit absolument pas se couper du passé…
Enfin, la poursuite de cette magnifique parabole sur la transmission peut se réaliser grâce à l’outil informatique et à une webcam où le lecteur découvre que la locomotive est capable de sortir du livre. Ce que les concepteurs de ce projet appellent la réalité augmentée est une manière originale de combiner le livre et le numérique, tout en apportant une dimension complémentaire à cette belle et émouvante histoire ; voir : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=X3nQb4VmQh4.
Gilles RATIER
« La Douce » par François Schuiten
Éditions Casterman (18 €) – ISBN : 978-2-203-04102-8










