Louis ramène sa petite famille sur le bord de mer où il avait déjà passé des vacances avec son père, son oncle et sa tante, quand il n’avait que dix ans. Il va même jusqu’à relouer, pour quelques jours, la vieille maison où ils logeaient. En se promenant sur la plage, il se retrouve face à une falaise où une ancienne et menaçante villa en ruine résiste encore. Les souvenirs d’un été des insouciantes seventies lui reviennent immédiatement à l’esprit, alors que ses copains lui racontaient qu’y vivait une sorcière censée savoir parler aux morts… Pour cette convaincante plongée dans un passé qui marqua durablement cet enfant, le délicat scénariste Vincent Zabus s’est adjoint le trop rare Denis Bodart, dont le dessin s’accorde ici parfaitement à l’émotion du récit.
Lire la suite...« Les Derniers jours de Stefan Zweig » par Guillaume Sorel et Laurent Seksik
L’exil est un voyage, mais c’est loin d’être un voyage d’agrément ! Pourtant quand on voit arriver Stefan Zweig au Copacabana Palace, à Rio, on pourrait le penser. L’histoire est malheureusement plus complexe, c’est celle d’une errance sans fin, qui fait dire à son épouse qu’il « faut prendre chaque exil comme un nouveau départ »…
Adaptée du roman éponyme de Laurent Seksik, par lui-même, l’histoire commence en fait en 1941 quand l’auteur autrichien, la soixantaine, célèbre, quitte New York avec sa jeune et seconde épouse, Lotte, son inséparable dactylographe. Zweig a décidé de s’installer au Brésil, à Petropolis. Pour le moment, le couple est comme en croisière, entre parenthèses : les Etats-Unis ne sont pas encore en guerre et on ne sait pas tout ce qui se passe en Europe. Le polyglotte tente d’oublier l’allemand, langue dans laquelle il a pourtant écrit ses chefs d’œuvre et va écrire son autobiographie, « Le Monde d’hier » : « En ma qualité d’Autrichien, de Juif, d’écrivain, d’humaniste et de pacifiste, j’ai voulu, écrit-il, témoigner pour une génération qui a connu plus de tragédies que nulle autre ».
La richesse culturelle et intellectuelle viennoise le hante et il fouille au plus profond de sa mémoire pour « retrouver les parfums, les couleurs et en capter la lumière », rôle qui revient ici à Sorel, dont le sens du dégradé sépia et les qualités d’éclairage de ses décors font merveille. Ses aquarelles pour mettre en scène un petit marché brésilien (p. 51) ou une grande place autrichienne (p. 44) sont d’une technique et d’une beauté imparables. « Toute ombre, après tout, est fille de la lumière » écrit encore un Zweig, épuisé « par des années d’errance sans patrie » !
Alors que les sportifs exhibent leurs muscles et leur joie de vivre au bord de l’océan, Zweig, est abattu par l’horreur et la folie qui condamnent le monde. Lui qui a beaucoup voyagé et qui s’est plaint de son insatiable bougeotte, lui que les Allemands ont déchu de sa nationalité, voit ses amis disparaître et apprend des nouvelles d’Europe de plus en plus désastreuses. Il est convaincu que la guerre est perdue. Dans les décors somptueux d’un Brésil lumineux, festoyant au rythme du carnaval, le monde sombre et s’assombrit. Alors, le 22 février 1942, épuisé, écœuré, porté par cette force propre aux grandes tragédies, Zweig lâche prise et entraine avec lui la jeune femme asthmatique dans un ultime et irréversible voyage…
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).
« Les Derniers jours de Stefan Zweig » par Guillaume Sorel et Laurent Seksik
Éditions Casterman (16 €) – ISBN : 978-2-203-04176-9









