Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« Féroces tropiques » par J. Pinelli et T. Bellefroid
» Féroces tropiques » : sous ce titre intrigant se cache un homme qui n’est pas finalement celui qui marche en couverture nimbé de jaune. Il est tout autre. Loin du bonhomme, terrien en costume et casquette, apparaît en effet un marin Heinz von Furlau, dont on apprend qu’il est peintre allemand de la Grande Guerre?
L’homme se raconte : on est en 1913 et il profite d’une mission océanographique pour peindre, non pas la mer mais les hommes qui lui griffent le dos. Heintz est aussi un esthète, un intellectuel dans un monde d’individus rustiques aux réactions souvent primitives. Même le médecin du bord – qui dissèque les sauvages avec le sourire – ne fait pas dans la dentelle question racisme et « homo germanicus ». Ce que Heintz va découvrir en Papouasie relèguera cependant leurs comportements primaires à une philosophie du second degré ! Pourtant, abandonné par les siens chez les Papous, Heintz raconte, réfléchit, aime, nourrissant ses pensées d’éléments philosophiques, truffant ses commentaires de référence picturales et humanisant tout ce qu’il voit, même là , dans ces forêts incroyables, loin de la guerre qui commence à décimer l’Europe et à laquelle il va bientôt participer. On le suit jusqu’au début des années Vingt pour finalement le retrouver en 1924 en Océanie, toujours se racontant, entre amour, sauvages et amour sauvage des hommes.

Ce récit de voyage imaginaire qui hésite à se frotter à la chronique de guerre révèle des textes joliment littéraires, signés Thierry Bellefroid, sur la peinture et sur les hommes. Mais l’album doit une grande partie de son originalité aux dessins de Joe G. Pinelli. Ou plutôt à ses peintures expressionnistes, aux traits épais, aux visages burinés, aux paysages rougeoyants et flamboyants. Cet artiste du noir et blanc, à l’œuvre déjà abondante, signe là un album puissant, fascinant et une vision du monde faite d’individus aux regards incertains.
Après un tel voyage, aller à » Kirkenes » témoigne d’un sérieux sens du chaud et froid : Kirkenes est en effet un port de Norvège situé aux portes de la Russie, sur la mer de Barents. C’est surtout un petit bourg plutôt ennuyeux où vont s’égarer deux lycéens en rupture avec le
conformisme social et leurs familles. Après avoir lamentablement incendié une église abandonnée, ils vont errer du sud au nord du pays, portant en sac à dos leurs adolescences immatures et poussant devant eux leurs ambitions nonchalantes. Le dessin sec et hachuré de Pierre-Henry Gomont (c’est son premier album) va bien aux morsures des températures locales et à ces saynètes qui ont des petits airs autobiographiques.
Comme on le voit et comme on le sait, il y a héros et héros… et, dans leurs pas, bien des occasions de découvrir le monde.
Alors, bons voyages !
Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et blog)
« Féroces tropiques » par Joe G. Pinelli et Thierry Bellefroid
Éditions Aire Libre (15,50 €)
» Kirkenes » par Jonathan Châtel et Pierre-Henry Gomont
Éditions Les Enfants Rouges (18 €)









Bonjour,
Merci beaucoup de votre chronique. Pourriez-vous corriger deux petites imprécisions ?
Le dessin n’est pas de Jonathan Châtel, mais de Pierre-Henry Gomont.
Les deux adolescents qui s’égarent ne sont pas Inge et Mia, mais Inge et Henrik.
Merci d’avance
Exact puisqu’en plus j’ai rencontré le scénariste à Angoulême ! Quant à l’héroïne, Mia, elle n’accompagne pas les deux ados vers le nord. Je corrige tout de suite cette notice inexacte mais heureusement pas trompeuse.