Louis ramène sa petite famille sur le bord de mer où il avait déjà passé des vacances avec son père, son oncle et sa tante, quand il n’avait que dix ans. Il va même jusqu’à relouer, pour quelques jours, la vieille maison où ils logeaient. En se promenant sur la plage, il se retrouve face à une falaise où une ancienne et menaçante villa en ruine résiste encore. Les souvenirs d’un été des insouciantes seventies lui reviennent immédiatement à l’esprit, alors que ses copains lui racontaient qu’y vivait une sorcière censée savoir parler aux morts… Pour cette convaincante plongée dans un passé qui marqua durablement cet enfant, le délicat scénariste Vincent Zabus s’est adjoint le trop rare Denis Bodart, dont le dessin s’accorde ici parfaitement à l’émotion du récit.
Lire la suite...Entre western mexicain et film de zombies, « Muertos » de Pierre Place est aussi une critique sociale…
Dans le Mexique profond du début du XXe siècle, une horde de calaveras (figures mythiques du folklore mexicain ressemblant à des squelettes), surgie de nulle part et menée par une sorte de mort-vivante muette et écorchée, exécute peones ou bourgeois avec la même violence et agressivité.
Un groupe hétéroclite réussit pourtant à s’échapper, grâce à divers moyens de locomotion comme un camion, une voiture et quelques chevaux. Composés d’une institutrice au grand cœur, d’un jeune poète qui lui fait la cour, d’un padre bien illuminé, d’un patron et son épouse, de contremaîtres et d’hommes de main, ce groupe sans distinction de classes ou d’origine n’a alors qu’un seul langage : celui qui est basé sur la violence et la lutte pour la survie. Qui va alors être les plus sauvages ? Ces survivants ou les monstres qui les poursuivent ?
Avec un remarquable dessin semi-réaliste et un découpage cinématographique maîtrisé en trente séquences, Pierre Place — dont on ne peut que vous recommander les précédents ouvrages comme « Au rallye » chez Warum en 2009 (1), « Celle qui réchauffe l’hiver » en 2011 chez Delcourt, « Le Silence de Lounès » chez Casterman en 2013 (avec Baru au scénario) ou « Macadam Byzance » chez Fluide glacial en 2018 — nous épate avec ce récit d’aventures aussi macabre que réjouissant qui se révèle aussi, in fine, un véritable livre politique !
Inspiré par les romans de l’écrivain anarchiste B. Traven (qui a vécu au Mexique), par le réalisateur de film d’horreur George Romero ou par les bandes dessinées sociales de Will Eisner, Pierre Place manie avec virtuosité les nuances de noirs et de gris sur cette course endiablée qui démontre, une fois de plus, sa fascination pour l’imagerie mexicaine relayée par les gravures de José Guadalupe Posada ou par le cinéma muet de l’époque.
Notons, en effet, qu’une vingtaine des premières pages de ce véritable morceau de bravoure avait été prépubliée dans feu la revue Aaarg ! (dirigée par Pierrick Starsky devenu, depuis, éditeur chez Glénat et qui avait gardé ce projet sous le coude) ; ceci après quelques petites histoires courtes baignant dans l’ambiance de ce pays d’Amérique centrale où le jeune auteur était parti pendant plus d’un mois et qui ont été compilées dans l’album « Zapatistas » chez Aaarg ! éditions, en 2015.
(1) Voir aussi sur BDzoom.com : Plus de lectures BD du 11 mai 2009.
« Muertos » par Pierre Place
Éditions Glénat (25,50 €) — ISBN : 978-2-344-02578-9















