Dans la série des mythiques personnages de la BD franco-belge vus par des auteurs aux styles différents de ceux de leurs créateurs ou continuateurs, certains s’en dépatouillent manifestement mieux que d’autres. C’est le cas d’un Émile Bravo sur Spirou, mais aussi de Matthieu Bonhomme sur Lucky Luke. Ayant inauguré ce principe il y a tout juste dix ans, le virtuose graphiste revient avec une troisième aventure décalée du célèbre cow-boy qui tire plus vite que son ombre… Après avoir confronté ce dernier aux risques de la mort et de la vie de couple, il fait endosser le rôle du père à notre flegmatique héros au foulard rouge ! Un album au propos écologique, qui réussit à être à la fois réaliste, drôle et émouvant, et qui est superbement dessiné !
Lire la suite...« L’Humanité de mes couilles » : « La Genèse » selon Emmanuel Moynot, c’est pas triste !
Les lecteurs d’Emmanuel Moynot, auteur bien connu des amateurs d’histoires contemporaines au réalisme pur et dur, seront surpris par ce nouvel album. Surpris, mais en aucun cas déçus par cette incursion inattendue dans le domaine de l’humour. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! D’autant plus qu’il s’attaque sans tabou à un sujet oh ! combien délicat : « Le Livre de la Genèse ». Et on en redemande !
Au cœur d’une terre d’exil pas vraiment paradisiaque, Adam (baptisé Gilbert) et Ève la Vioque chassent le mammouth. Caïn rêve de construire sa cité du futur, tandis que son frère Abel — qui a opté pour l’agriculture — élève des méchouis sur pattes. Ajoutons que le passe-temps favori de ce petit monde, c’est d’engrosser les femmes. Lesquelles ne se privent pas de contester : « On voit bien que c’est pas toi qui te tapes neuf mois de grossesse et un accouchement… et je ne parle même pas de l’allaitement et de nettoyer le caca. »
Au fil de courtes histoires savoureusement décalées, les Homo sapiens revivent l’Ancien Testament, jusqu’à ce que survienne le premier meurtre de l’humanité. Redécouvrir l’histoire des premiers hommes sous la plume inspirée d’Emmanuel Moynot est un véritable régal. Les bons mots ciselés avec gourmandise pleuvent. On y parle beaucoup cul, sans pour autant tomber dans le vulgaire, et religion, sans verser dans un anticléricalisme bêtifiant. Les personnages, complètement dénudés, d’une beauté troublante, évoluent dans des paysages désertiques aux belles couleurs ocres.
Scénariste à l’humour décalé, dessinateur au sommet de son art et coloriste lumineux, c’est en auteur complet que celui qui a été l’un des repreneurs de la série « Nestor Burma » propose cette nouvelle facette de son talent. Publiées depuis 2021 par Fluide glacial, ces histoires participent du renouveau de ce mensuel décidément en grande forme. On ne résiste pas au plaisir de glaner quelques perles : « On n’a pas le cul sorti des ronces », « Tu ne peux pas comprendre, t’as pas de vagin », « Déjà le blé ça court moins vite que les moutons », « Tu veux faire du sexe ? »… Succulent !
Né à Paris en 1960, Emmanuel Moynot débute en publiant ses histoires dans les fanzines avant de signer « L’Enfer du jour » dans Circus en 1983. Avec « Le Temps des bombes », il commence une belle collaboration avec le scénariste Dieter, qui se poursuit avec « Vieux Fou ». Il succède à Tardi sur la série « Nestor Burma », adapte « L’Assommoir », puis multiplie les albums chez Casterman, Glénat, Denoël Graphic, Delcourt, Dargaud, Futuropolis, Les Arènes… et aujourd’hui Fluide glacial. Sans bruit, il construit une œuvre originale, tant au niveau du trait que du ton et de la rigueur dans ses choix. On ne peut que souhaiter le revoir prochainement dans ce registre humoristique où il propose donc une première expérience réussie.
« L’Humanité de mes couilles » par Emmanuel Moynot
Fluide glacial (13,90 €) — EAN : 979-1-038-2-0566 6
Parution 5 avril 2023


















