Dans la série des mythiques personnages de la BD franco-belge vus par des auteurs aux styles différents de ceux de leurs créateurs ou continuateurs, certains s’en dépatouillent manifestement mieux que d’autres. C’est le cas d’un Émile Bravo sur Spirou, mais aussi de Matthieu Bonhomme sur Lucky Luke. Ayant inauguré ce principe il y a tout juste dix ans, le virtuose graphiste revient avec une troisième aventure décalée du célèbre cow-boy qui tire plus vite que son ombre… Après avoir confronté ce dernier aux risques de la mort et de la vie de couple, il fait endosser le rôle du père à notre flegmatique héros au foulard rouge ! Un album au propos écologique, qui réussit à être à la fois réaliste, drôle et émouvant, et qui est superbement dessiné !
Lire la suite...« Remington 1885 » : peindre l’Indien, à dessein !
Remington n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait d’emblée s’imaginer, un lieu, mais un personnage. Frederic Remington est un dessinateur venu de New York et qui, intrigué et fasciné par l’Ouest — le Far West —, s’est mis en tête, pour réussir à se faire publier, de dessiner l’Arizona, ses contrées sauvages et ses Indiens.
On rencontre Remington dès la couverture, assis, en train de dessiner, sous l’œil mauvais d’un Indien à cheval. On ne le sait pas encore, mais c’est Geronimo en personne ! Remington — comme tous les Américains de l’Est — sait en ces années 1880 que, de l’autre côté du continent, un nouveau monde se construit dans la légende et dans la douleur.
La douleur, c’est celle des Indiens, parqués dans des réserves, marginalisés, réprimés, traités comme des sous-hommes et qui, pour certains, se révoltent, s’échappent de leurs ghettos, tuent s’il le faut. Autant dire que Remington —qui découvre la réalité en compagnie d’un régiment : les Buffalo Soldiers — tombe des nues et se prend de curiosité pour l’Apache Geronimo, celui qui sème, dit-on, la terreur.
De jour en jour, il observe et croque dans ses carnets la vie locale, mais un dessinateur est inquiétant. Les Indiens se méfient de lui et Remington désespère d’en trouver un qui pose pour lui. Cependant, également journaliste, il prend des notes autant qu’il peut pour pouvoir rédiger ses chroniques : « Je veux, dit-il, dessiner cette terre avant que le progrès ne la change à jamais… Geronimo incarne sans doute le dernier souffle sauvage… »
En 1885, Frederic Remington — qui a bel et bien existé — n’est pas encore connu. Né en 1861 et mort en 1909, il deviendra un peintre célébré pour ses peintures réalistes, représentant les chevaux et les cow-boys avec beaucoup de dynamisme — ce qu’un dossier final développe fort justement. Cependant, si Remington a séjourné plusieurs fois dans les États de l’Ouest, il n’a jamais rencontré Geronimo, ce que précise également le dossier !
Cette liberté romanesque est, en fait, pour les auteurs, l’occasion d’une réflexion sur la disparition et sur l’effacement par les colons Blancs des cultures autochtones. C’est donc un récit passionnant, doublé d’une réalisation graphique réaliste aux couleurs joliment travaillées.
Didier QUELLA-GUYOT
Sur BDzoom.com : http://bdzoom.com/author/DidierQG/
Sur L@BD : https://basenationalelabd.esidoc.fr, et sur Facebook.
« Remington 1885 » par Sagar Fornies et Josep Maria Polls
Éditions Dargaud (22,95 €) — EAN : 9782505127789
Parution 18 avril


















« l’effacement par les Blancs — des cultures autochtones »… Vous voulez dire l’effacement par les colons européens des cultures autochtones ?
Oui, c’est bien ce que je veux dire.