Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« La Bête du Nord – La Cité des mensonges » : au fil des chroniques barbares…
Un puissant barbare, une ville frontalière devenue la proie des brigands, la fille d’un chef de gang disparue… Lancé dans une mission qui s’avère être une conspiration mortelle, Conan ne va pas vraiment faire dans la dentelle. Pour cette aventure inédite, Oscar Martín et Leonel Castellani rendent un hommage dantesque à l’heroic fantasy selon Robert Howard. Un récit trépidant et graphiquement ciselé, quête sans temps morts… mais empilant bon nombre de cadavres !
Certains albums évoqués dans cette rubrique relèvent de l’Histoire, de la psychologie, de l’analyse sociétale ou du drame romantique. D’autres contiennent une force brute, souvent matinée d’aventures, d’explosions et de batailles, de personnages volontairement archétypaux et de rebondissements incessants. Ne boudons pas notre plaisir avec « La Bête du Nord – La Cité des mensonges », dont le seul titre renverra les lecteurs à tout un pan de la pop culture des cent dernières années : des romans de fantasy pulp aux jeux de rôles, jeux de stratégie et jeux vidéo héroïques fantastiques, en passant notamment par « Donjons & Dragons » (1974), « RuneQuest » (1978), « Warhammer Battles » (1983), « Warcraft » (1994), « L’Assassin royal » (1995), « Game of Thrones » (1996), « Diablo » (1997) et « Le Sorceleur/The Witcher » (roman en 1986 ; jeu vidéo en 2007). Et encore n’avons-nous pas cité, vis-à-vis de cette « Cité des mensonges », ces « livres dont VOUS êtes le héros » aux titres voisins et très évocateurs : « La Cité des voleurs » (Ian Livingstone, 1983), « La Cité interdite » (Joe Dever et Ian Page, 1986) et « La Cité des pièges » (Steve Jackson, 1986).
Les lecteurs qui ont pu parcourir les œuvres précédemment scénarisées ou dessinées par le Barcelonais Oscar Martín, comme « La Guilde » (Casterman, 2006-2008 ; scénario de Dragan Miroslav) et surtout la série animalière « Solo » (six tomes parus entre 2014 et 2023 chez Delcourt ; trois séries dérivées : « Solo : Chemins tracés », « Solo : Alphas » et « Solo : Lyra »), ont déjà constaté l’attachement de l’auteur au genre. Si ce n’est très précisément au seul personnage de Conan le Barbare, jadis imaginé par Robert E. Howard en 1932, dans la revue américaine Weird Tales. Si les adaptations récentes du Cimmérien et de l’œuvre d’Howard ne manquent pas (voir ainsi nos chroniques pour « Le Peuple des ténèbres », « Howard’s Barbarians – Poèmes barbares » ou la série Glénat dédiée au héros culte), le présent album se démarque quelque peu en se présentant d’emblée comme une aventure inédite. Signalons également qu’il s’agit d’une traduction française d’un projet ayant initialement bénéficié en mai 2024 d’un financement participatif à destination du marché espagnol. Outre un titre (qui ne cite contractuellement pas Conan…), c’est le prologue qui précise les intentions du scénariste : imprégné de ses anciennes lectures, dont les histoires de Roy Thomas et Barry Windsor-Smith (tous deux salués en 1974 pour « Song of Red Sonja », histoire parue dans le n° 24 du magazine Conan le Barbare) et celles illustrées par John Buscema (1927-2002). Rappelons que ce dernier, qui se vit confier Conan par Marvel Comics à partir de 1973, composa durant près de 15 ans, avec l’aide de Roy Thomas et à la suite de Windsor-Smith, un personnage particulièrement sauvage et puissant, susceptible d’impressionner durablement des générations de fans, bédéphiles ou cinéphiles Roy Thomas était pour sa part également à la base du scénario qui inspira « Conan le Destructeur », film de Richard Fleischer sorti en 1984.
Dessinateur de « Solo : Lyra » en 2024, l’Argentin Leonel Castellani propose un traitement graphique plus réaliste pour cet album, tout en laissant la part belle aux compositions dynamiques et scènes de batailles virtuoses, rehaussées de ses très belles couleurs d’ambiances. Cartels parcheminés et papier légèrement brunis ne sont par ailleurs pas sans évoquer les pulps d’antan, gore, érotisme discret et spectaculaires splash pages achevant de conférer à l’ensemble – mi comics et mi BD franco-belge – une nostalgie sous testostérone, sachant plaisamment jouer des codes, affrontements et scènes attendues. Une « Bête du Nord » plongée dans un nid de vipères et libérant une sauvagerie venue des âges les plus obscurs ? Il y a de ces plaisirs régressifs que l’on oserait d’emblée redemander aux auteurs et à leur éditeur…
Philippe TOMBLAINE
« La Bête du Nord – La Cité des mensonges » par Leonel Alexis Castellani et Oscar Martín
Éditions Delcourt (16,50 €) — EAN : 978-2413088325
Parution 29 janvier 2026




















Merci Philippe pour cette très agréable chronique !