« L’Odyssée tragique du MC Ruby » : plus qu’un fait divers dramatique, un crime raciste !

Ils étaient neuf ! Un seul a survécu au voyage qui devait les conduire jusqu’à cette Europe dont l’opulence hantait leur misérable quotidien. Les reportages réalisés en 1993 par Philippe Broussard pour le quotidien Le Monde servent de trame à cet album àclasser entre BD documentaire et bande dessinée classique. Les dessins souvent rapidement réalisés pour ce genre d’ouvrages cèdent ici la place à un trait classique, soigné, porté par un scénario qui flirte avec le polar. Hélas, l’aventure tragique vécue par Kingsley et ses compagnons de misère n’est pas une fiction !

1992 : Kingsley Ofusu, un jeune Ghanéen bientôt père de famille, rêve de partir pour l’Europe, afin de fuir la misère qui gangrène son pays. Rejoint par sept compagnons d’infortune ghanéens et un Camerounais, il embarque clandestinement à bord d’un porte-conteneurs effectuant le trajet du port de Takoradi — dans le golfe de Guinée — jusqu’à Odessa : en Ukraine. L’équipage du MC Ruby commandé par Wladimir Ilnitskiy est composé de marins ukrainiens prêts à tout pour préserver leurs primes. Le 24 octobre 1992, le navire quitte le port avec à son bord ses passagers clandestins dissimulés dans ses entrailles. Découverts par un marin, ils seront massacrés, puis jetés à la mer au large du Portugal. Kingsley Ofusu, qui est parvenu à échapper à la traque de l’équipage, quitte le navire le 5 novembre 1992, au Havre, après avoir vécu trois jours de terreur. Ces crimes atroces sont dénoncés par Kingsley à la police aux frontières qui finit par confondre les assassins de ses compagnons, après une longue enquête. L’affaire faisant grand bruit, Edwy Plenel, du Monde, charge Philippe Broussard, un jeune journaliste de 29 ansd’entreprendre une enquête au long cours. Ses rencontres avec Kingsley au Havre dans l’attente du procès, son voyage au Ghana afin de voir les proches du jeune homme, mais aussi à Odessa auprès de l’épouse de Vladimir Artemanko, le commandant en second du MC Ruby, permettent au journaliste de mieux comprendre le déroulement du drame. De son côté, la police enquête pour aboutir au procès des responsables de la tuerie en novembre 1995. Publié en six parties par Le Monde, le reportage de Philippe Broussard lui permet d’obtenir le prestigieux prix Albert-Londres en 1993.

Jean-David Morvan propose un scénario harmonieusement construit, qui se lit comme un thriller sans pour autant en négliger l’humanité. Les dessins de Jean-Denis Pendanx, aux décors travaillés, riches en personnages soigneusement mis en scène,réunissent avec succès les contraintes du récit vécu et celles de la bande dessinée classique. L’ouvrage de 120 pages, publié au sein de la collection Aire libre, est accompagné d’un copieux dossier signé Philippe Broussard.

Philippe Broussard.

Philippe Broussard, né le 20 juin 1963 à Paris, sort diplômé du Centre de formation des journalistes en 1985. Il débute au Matin de Paris, entre au Monde en 1990 après un passage au quotidien Le Sport. Rédacteur en chef de L’Express de 2005 à 2015, il revient au Monde, responsable du pool des grands reporters. Le présent album est sa première participation à une bande dessinée.

Jean-David Morvan.

Jean-David Morvan, né à Reims le 28 novembre 1969, passionné de bande dessinée depuis toujours, suit les cours de l’école Saint-Luc de Bruxelles. Son premier scénario, « Reflets perdus », dessiné par Sylvain Savoia, est publié en 1993 par Zenda. Pour les éditions Glénat, après « Horde », il écrit « Nomad » dessiné par Philippe Buchet, puis « HK » pour Trantkat (Kévin Hérault). Aux éditions Delcourt, il anime « Troll » avec Joann Sfar et, pour José Luis Munuera, il écrit « Sir Pyle S.Culape », « Merlin », puis quatre aventures de « Spirou et Fantasio ». En 1998, chez Delcourt, il lance son plus grand succès : « Sillage », avec Philippe Buchet. Il revient aux éditions Dupuis avec « Madeleine, résistante », en collaboration avec Madeleine Riffaud et le dessinateur Dominique Bertail, puis propose « Ce que j’ai vu à Auschwitz » avec Victor Matet et Rafael Ortiz. Pour Séverine Tréfouël, il crée — avec David Évrard — « Irena » chez Glénat. Impossible de citer toute l’œuvre de ce scénariste insatiable, passionné par l’heroic fantasy, le manga et, depuis quelques années, l’histoire de la Résistance.

Jean-Denis Pendanx.

Jean-Denis Pendanx, né en 1966, étudie le dessin à l’école des Arts décoratifs de Paris, puis débute comme illustrateur dans des magazines de jeux de rôles et d’ouvrages pour enfants. « Diavolo le Solennel », son premier album, écrit par Doug Headline, est publié en 1991 aux éditions Zenda, suivi par « Labyrinthes » avec Dieter et Serge Le Tendre, puis « Les Corruptibles » aux éditions Glénat. Aux éditions Futuropolis, il dessine deux albums avec le scénariste Christophe Dabitch : « Jéronimus » et « Abdallahi ». Auteur complet, il propose « Au bout du fleuve », puis « L’Œil du marabout ». Toujours pour Futuropolis, il dessine « Svoboda ! » avec Kris, puis « Tsunami » avec Stéphane Piatzszek.

Henri FILIPPINI

« L’Odyssée tragique du MC Ruby » par Jean-Denis Pendanx, Jean-David Morvan et Philippe Broussard

Éditions Dupuis (25 €) — EAN : 9782808507769

Parution 11 septembre 2026

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