LA RENTRÉE ROYALE D’ANNIE GOETZINGER

La sortie, cette semaine, de « Marie Antoinette » est accompagnée d’une exposition des magnifiques originaux en couleurs directes d’Annie Goetzinger, que nous avons rencontrée, à cette double occasion. Avec le bonheur supplémentaire d’un hommage textuel de Rodolphe à son amie dessinatrice.

L’album « Marie Antoinette », habilement sous-titré « La reine fantôme » – plus explicatif -, qu’Annie Goetzinger signe avec Rodolphe ( lire l’hommage du scénariste à son amie dessinatrice en toute fin d’article ou en cliquant sur la note )MON AMIE ANNIE

Annie fait partie de ces rares personnes dont la présence vous accompagne une vie durant. Parfois de façon professionnelle (quelques histoires courtes communes, le présent album) la plupart du temps de manière purement amicale: des grandes fêtes d’antan chez Philippe Druillet à nos rendez-vous annuels au jury du Prix Lob, en passant par quelques soirées confraternelles et conviviales chez Léo ou à la maison…

C’est là, un verre de single malt ou une coupe de champagne à la main, qu’on parle du métier, qu’on trinque à nos amis disparus (ils sont aujourd’hui si nombreux!) C’est là encore qu’on peut évoquer les fantômes des belles dames du temps jadis et se laisser porter par l’idée d’un livre ensemble…
Car c’est ici l’un des grands privilèges de notre métier, que de
pouvoir mêler intimement création, travail et amitié. L’affect souvent initie l’œuvre commune et en juste retour, la création renforce les liens!

Merci Annie, pour ce beau livre et pour ta belle amitié…

Rodolphe], est un des événements de la rentrée. L’ouvrage, tout en subtilité et élégance graphique et narrative marque les « retrouvailles » du scénariste de « Kenya » et de la dessinatrice de « L’Agence Hardy », après quelques collaborations épisodiques sur des courts récits publiés dans Pilote (et repris dans l’album « Curriculum BD ») il y a de très nombreuses années.

Au-delà de la collaboration professionnelle, l’amitié et la fidélité prévalent entre les deux auteurs. Il y a plus de deux décennies déjà, le passionné de paranormal qu’est Rodolphe fait découvrir à Annie Goetzinger un ouvrage relatant l’extraordinaire rencontre de deux anglaises du début du XXème siècle, en visite à Versailles, avec le « fantôme » de la reine Marie-Antoinette. Mais, souligne la dessinatrice, « malgré notre envie commune de relater cette histoire en bande dessinée, le récit est rapidement apparu bien mince pour tenir sur la longueur d’un album. » Vint alors l’idée, au fil du temps, de croiser le destin de ce « fantôme » avec celui d’une autre femme, peintre dans les années 30 : « J’ai proposé de modifier la période plus contemporaine car le lectorat d’aujourd’hui aurait pu se trouver dans une confusion temporelle, alors que les années 30, plus que le tout début du XXème siècle, se différencient aisément de la fin du XVIIIème siècle, tant au niveau de la technologie industrielle et quotidienne qu’au niveau des toilettes féminines », nous confie la dessinatrice.

Maud de Brunhoe, femme libre et riche, courtisée par le fils de son défunt mari, vit son quotidien mondain dans la haute bourgeoisie parisienne. Au cours d’une séance de spiritisme, la reine Marie-Antoinette lui apparait et lui demande son aide. Nait alors une véritable intimité entre les deux femmes : « En racontant sa vie à Maud comme à une amie, nous explique Annie Goetzinger, Marie-Antoinette dévoile une personnalité loin de la frivolité qui est souvent véhiculée à son sujet. On oublie souvent à quel point la vie de cour pouvait être contraignante. Marie-Antoinette se révèle fragile et attachante au fil de son récit, avec ses contradictions, passant d’une écervelée à un personnage de tragédie. C’est ce qui la rend très intéressante

Comme à son habitude, la dessinatrice « modiste », qui a notamment conçu les costumes de la première adaptation théâtrale française d’ « Autant en emporte le vent » et collaboré avec le Musée du costume, excelle dans la représentation stylisée de ses personnages malgré la « gageure d’animer les protagonistes du XVIIIème siècle, nous confie-t-elle, car on ne dispose que de peintures officielles dans des attitudes figées et de très peu de documentation sur l’art de vivre et les activités de l’époque. » Le lecteur a également plaisir à retrouver les aquarelles de la dessinatrice : « Pour « L’Agence Hardy », la série que je signe avec le scénariste Pierre Christin, je réalise les couleurs sur des « bleus ». J’avais très envie de refaire des couleurs directes sur des planches de grand format. »

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, l’amateur aura plaisir à découvrir une vingtaine de ces planches, la couverture et la page de garde de l’album au cours de l’exposition consacrée à Annie Goetzinger par la galerie parisienne « Oblique » : « ce lieu me plait énormément, nous révèle la dessinatrice. Il est parfait pour organiser une exposition à multiples destinations, avec une salle que je trouve idéale pour se livrer à l’expérimentation graphique. » Ainsi Annie a-t-elle conçu pour l’occasion quatre pièces uniques, « qui réjouiront ceux qui viennent chercher des choses complémentaires aux planches originales », en intégrant ses héroïnes dans des photographies issues d’un port folio représentant l’intérieur du château de Versailles au début du XXème siècle, « dans un esprit très fantomatiques collant parfaitement à l’ambiance de l’album ». À voir absolument !

Laurent TURPIN

« Marie-Antoinette : la reine fantôme » par Rodolphe et Annie Goetzinger
Éditions Dargaud (14,95€)

- Exposition à la Galerie Oblique – 17 rue St Paul – 75004 Paris jusqu’au 24 septembre 2001. Dédicace des auteurs le 24 septembre, de 16h à 19h.

- Sur Rodolphe : http://bdzoom.com/spip.php?article4917

Galerie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>