Après le livre à succès de Giuliano da Empoli qui a résonné de façon saisissante avec l’actualité géopolitique (puisqu’achevé en janvier 2021, soit un an avant l’invasion de l’Ukraine), puis le film réalisé par Olivier Assayas sorti l’an passé — où le célèbre acteur britannique Jude Law interprétait le rôle de Vladimir Poutine —, voici donc la BD ! Et force est de constater qu’elle est réussie : Luc Jacamon (le dessinateur de la série « Le Tueur », sur scénarios de Matz) ayant, notamment, accompli un remarquable travail graphique et d’adaptation… Son Vadim Baranov, ancien théâtreux et producteur de télévision devenu l’éminence grise du controversé président de la Fédération de Russie — d’où son surnom de Mage du Kremlin —, est aussi envoûtant qu’intrigant…
Lire la suite...« Manitas » T1 par Michel Colline et Fred Le Berre
Bonne surprise avec ce « Manitas » (« petites mains » en espagnol) consacré à de jeunes boxeurs, mais pas que ! Bonne surprise surtout avec ce dessin stylisé tout en rondeurs (pour les personnages) qui attire l’œil et séduit vite. Et c’est le premier volet d’un diptyque écrit par un scénariste dont ce n’est pas le premier round sur un ring…
Tout débute dans la vallée de Cauca, en Colombie, en 1972. À cette époque les narcotrafiquants pèsent de toute leur autorité pour pousser les paysans à produire de la coca. Au même moment, à la Havane, à Cuba, c’est une autre paire de manches : la révolution divise les familles, le mari de Jimena, pro-américain (disons pro-voitures américaines !), est en délicatesse avec le frère de son épouse, policier et castriste forcené. Pendant ce temps, les gamins cubains ou colombiens rêvent de boxer tandis que d’autres, un peu plus vieux, écoutent les radios américaines.
Au fin fond des fermes, les campesinos ne supportent plus la pression des narcos, les fermes qu’ils incendient par représailles, les meurtres… il faut réagir ! Pour les gamins, c’est la boxe, la solution. On suit ainsi peu à peu ces jeunes, villageois sud-américains ou citadins cubains, les uns oppressés par les trafiquants, les autres manipulés par le pouvoir politique. Ernesto part finalement pour Cali, importante cité où une association de narcotrafiquants, à un moment donné, contrôlait 80 % des exportations de cocaïne de Colombie et était en conflit permanent avec le cartel de Medellin. Comment sortir de la misère sans en passer par là, par la drogue, le trafic, la violence ? Loin de là, Yuri s’entraine, protégé par sa famille, endoctriné même.
Voilà en tout cas les vies d’Ernesto Chagra et de Yuri Cienfuegos, deux vies, deux destins parallèles que le tome 2 devrait sûrement croiser. Si les planches n’ont pas toutes la même force graphique - les meilleures sont celles où il y a du décor – il faut reconnaitre à Michel Colline un talent certain et à son scénariste, Fred Le Berre, auteur d’albums plus historiques (« Le Samaritain », « Shimon de Samarie », « Galata »…), un sujet à la fois sensible et documenté sur les années 1970 et les rêves, politiques ou sportifs, avec leurs réussites et leurs échecs.
Alors, bon voyage !
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).http://bdzoom.com/author/didierqg/
« Manitas » T1 par Michel Colline et Fred Le Berre
Éditions Poivre et Sel (15,50 €) – ISBN : 978-2-87547-027-0











Belle découverte que ce Manitas. Sortir de sa misère quand on est jeune cubain n’est pas chose aisée. Quand on a des poings qui cognent durs et l’agilité pour éviter les coups, dans un pays ou la boxe est une religion, on peut envisager des jours meilleurs. En parallèle, la vie en Colombie n’est pas plus facile avec les cartels qui imposent leurs lois et conditions. Là aussi, la boxe ouvre des portes.. mais pas les mêmes… Dommage que les histoires se confondent par moment… Un bon moment tout au long de la BD….