Après le livre à succès de Giuliano da Empoli qui a résonné de façon saisissante avec l’actualité géopolitique (puisqu’achevé en janvier 2021, soit un an avant l’invasion de l’Ukraine), puis le film réalisé par Olivier Assayas sorti l’an passé — où le célèbre acteur britannique Jude Law interprétait le rôle de Vladimir Poutine —, voici donc la BD ! Et force est de constater qu’elle est réussie : Luc Jacamon (le dessinateur de la série « Le Tueur », sur scénarios de Matz) ayant, notamment, accompli un remarquable travail graphique et d’adaptation… Son Vadim Baranov, ancien théâtreux et producteur de télévision devenu l’éminence grise du controversé président de la Fédération de Russie — d’où son surnom de Mage du Kremlin —, est aussi envoûtant qu’intrigant…
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Après Isabelle, Aliénor et Frédégonde, la collection Les Reines de sang s’éloigne de l’Europe pour évoquer le destin incroyable d’une femme tout aussi étonnante, Tseu Hi, impératrice de Chine (1835 – 1908), dont le destin est lié à celui d’un individu non moins surprenant, Li Lieng Ying, eunuque de son état…
Tout commence à Beijing (Pékin) en 1848, dans des ruelles boueuses où mendie un jeune garçon aussi courageux qu’ambitieux. Gênant un cortège royal, il a le culot de proposer ses services et de s’entendre expliquer que pour travailler dans la cité interdite, mieux vaut être eunuque. D’une fenêtre surplombant la scène, une jeune femme s’amuse de cette altercation inédite. D’origine manchoue et de très bonne famille, autant dire en tant que femme considérée par son père comme une « stupide femelle », son rêve ne se limite pas à trouver un bon mari. L’un va se faire eunuque puisqu’il le faut pour survivre et mieux vivre (« le gîte et le couvert » !), l’autre deviendra concubine, puis épouse et donc impératrice.
Tous deux vont lier leur rage de réussir dans un univers fermé en proie à toutes les convoitises : la Cité Interdite. Entre ces deux individus, asexué pour l’un et totalement sexuée pour l’autre, une complicité se noue, le premier initiant même la seconde aux plaisirs charnels car l’eunuque n’a pas perdu pour autant son appétit sexuel. Peu à peu, la concubine de dernier rang va gravir l’« échelle sociale » et s’approcher de l’empereur Xianfeng, le Fils du Ciel et de l’Empire du Milieu, rien de moins ! La jeune Mandchoue et future impératrice sait comment faire désormais pour que le membre royal honore sa porte de jade… En donnant un fils à son empereur, elle devient même épouse impériale. Dès lors Cixi, ou Tseu-Hi, ou Ts’eu-hi exercera, bientôt seule, la réalité du pouvoir en Chine, pendant 47 ans, de 1861 à sa mort.
L’évocation de cette femme ambitieuse, éprise de pouvoir et despote, est ici pleine de sensualité et d’érotisme, dessinée avec finesse et réalisme, mais ce n’est que le premier tome. Le second (en 2016) montrera probablement davantage les intrigues de pouvoirs, les guerres intérieures et extérieures, tout ce à quoi cette femme de caractère devra faire face pour devenir une reine… de sang et entrer définitivement dans l’Histoire.
Alors, « bon voyage » !
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).http://bdzoom.com/author/didierqg/
« Tseu Hi, La dame dragon » par Fabio Mantovan et Philippe Nihoul
Éditions Delcourt (14, 50 €) – ISBN : 978-2-7560-3690-8









