Ils étaient neuf ! Un seul a survécu au voyage qui devait les conduire jusqu’à cette Europe dont l’opulence hantait leur misérable quotidien. Les reportages réalisés en 1993 par Philippe Broussard pour le quotidien Le Monde servent de trame à cet album àclasser entre BD documentaire et bande dessinée classique. Les dessins souvent rapidement réalisés pour ce genre d’ouvrages cèdent ici la place à un trait classique, soigné, porté par un scénario qui flirte avec le polar. Hélas, l’aventure tragique vécue par Kingsley et ses compagnons de misère n’est pas une fiction !
Lire la suite...« Puzzle » par Mig et Franck Thilliez
Allez, une dernière petite chronique de 2016 pour signaler l’adaptation que le romancier Franck Thilliez a faite, en personne, de « Puzzle » : son roman noir à succès paru au Fleuve noir en 2013. Cet excellent et angoissant polar, où un groupe de jeunes s’embarque dans un jeu mystérieux à l’intérieur d’un asile désaffecté, est ici efficacement mis en images par le trait agréable et maîtrisé de Mig, dessinateur que l’on a déjà pu apprécier sur des œuvrettes aussi différentes que « Sam Lawry », « Le Messager », « Wakfu » ou « Ogrest ».
Illan et Chloé, deux spécialistes des chasses au trésor, ont longtemps rêvé de participer à la partie ultime d’un jeu dont on ne connaît pas l’entrée, mais dont on sait le nom : Paranoïa. Enfin sélectionnés pour participer à cette légende urbaine, les deux amis se voient remettre la règle n° 1 : « Quoi qu’il arrive, rien de ce que vous allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu. » Après plusieurs heures de route, ils arrivent devant un gigantesque bâtiment isolé en pleine montagne. Ils sont alors informés de la règle n° 2 : « L’un d’entre vous va mourir. » Quand Illan découvre des informations liées à la disparition mystérieuse de ses parents et que les joueurs trouvent un premier cadavre, la partie peut alors réellement commencer…
Les héros de ce thriller psychologique vont très vite se rendre compte qu’ils doivent collecter les clefs qui leur permettront de sortir de ce jeu grandeur nature, pas si ludique que ça… et de sauver leur peau : la distinction entre le jeu, la folie et la réalité devenant de plus en plus difficile à établir.
Manifestement, on sent que l’écrivain écrit de manière très visuelle, très imagée, car le résultat est aussi anxiogène que l’était le roman, la trame prenant même une nouvelle dimension : peut-être plus nerveuse. On devine aussi qu’il a dû travailler en parfaite osmose avec le dessinateur, lequel connaît parfaitement bien la narration et le langage BD : les pages en bichromie, blanches et bleues sur fond noir, qu’il a savamment composées pour créer une ambiance clinique bien particulière n’ont pas fini de vous hanter…
Gilles RATIER
« Puzzle » par Mig et Franck Thilliez













