Abordé par les éditeurs du Louvre pour réaliser une carte blanche, le bédéaste Xavier Coste s’est intéressé au processus de création en proposant une fascinante et originale bande dessinée, coéditée par Rue de Sèvres et le célèbre musée, dans le cadre de l’exposition « Michel-Ange/Rodin : corps vivants » (qui se tient jusqu’au 20 juillet). En faisant dialoguer, au-delà du temps, ces deux maîtres inégalés de la sculpture occidentale — l’un en tant qu’artiste cherchant encore sa voie et l’autre lui servant de guide —, le brillant adaptateur de « 1984 » (qu’il a prolongé d’une suite fictionnée) et metteur en scène de la vie de Georges de Caunes (avec son fils Antoine) dans « Il déserte » (1) donne une dimension toute poétique à un transcendant roman graphique !
Lire la suite...« Les Cinq Ami.e.s l’échappent belle in extremis » : quand Fabcaro joue avec le Club…
Que seraient les vacances sans mystère ni énigme à résoudre ? Heureusement, forts de leurs précédentes expériences romanesques (avez-vous lu « Les Cinq Ami.e.s tentent de joindre l’Urssaf limousin » ?), les cinq ami.e.s vont plonger dans une nouvelle enquête palpitante : le vol d’un dossier dans le bureau de Charles Barral, père de deux de nos héros. On apprendra à la fin que c’est le voisin qui a fait le coup… Avec ce pastiche des séries jeunesse d’antan, Fabcaro dynamite insidieusement tous les codes. En ces temps troublés, ce support écrit en petit format cartonné (communément nommé « livre de poche ») permettra, heureusement, de parler d’intolérances, de rejets, d’exclusions, voire de racisme. Ouf ! On l’a échappé belle. In extremis…mes.
Outre l’humour, la parodie, le pastiche et le détournement sont au cœur de l’œuvre de Fabcaro. Ainsi, d’« Astérix » (depuis « L’Iris blanc » en 2023) ou de « Zaï zaï zaï zaï » (2015), mais aussi de nombre de ses œuvres, dont, côté 9e art, « Amour, passion et CX Diesel » (dessin de James, 2011), « Z comme Don Diego » (dessin par Fabrice Erre, 2012) ou « Open Bar » (2019-2020). À la fois scénariste, dessinateur et guitariste, Fabcaro est également romancier : son premier ouvrage (« Figurec », paru chez Gallimard en 2006) ayant été adapté en BD par Christian de Metter, dès l’année suivante chez Casterman. Depuis « Zaï zaï zaï zaï » et « Moins qu’hier (plus que demain) » (Glénat, 2018), l’auteur s’est fait une spécialité de mélanger satire sociale et humour absurde : sujet qui apparait souvent dès le titre. QSue soit avec « La Bredoute : parce que tout le monde est différent de chacun » (6 Pieds sous terre, 2007), « – 20 % sur l’esprit de la forêt » (6 Pieds sous terre, 2011), « On est pas là pour réussir » (La Cafetière, 2012) ou « Zéropédia : tout sur tout (et réciproquement) » (dessin par Julien/CDM, Dargaud 2018).

Éditions successives et couverture pour l'édition actuelle de « Le Club des cinq contre-attaque » (Hachette, 2019).
Après le carnet de voyage (« Carnet du Pérou : sur la route de Cuzco ; 6 Pieds sous terre, 2013 »), le roman-photo (« Et si l’amour, c’était aimer ? » ; 6 Pieds sous terre, 2017 ; « Guacamole vaudou » ; Seuil, 2022) et le polar (« Moon River » ; 6 Pieds sous terre, 2021), Fabcaro s’attaque donc à la littérature jeunesse. Et pas la moindre, puisque l’on parle bien des célébrissimes Bibliothèque rose (destinée aux enfants de six à 12 ans) et Bibliothèque verte (les grands classiques réédités, à destination des garçons adolescents), collections rétrospectivement créées par Hachette en 1856 et 1923. C’est le succès de la publication des enquêtes policières d’Alice (héroïne créée par l’Américaine Caroline Quine en août 1955) dans la Bibliothèque verte qui allait permettre celles de diverses autres séries anglo-saxonnes, dont « Le Club des Cinq » et « Le Clan des sept » d’Enid Blyton (publiées en France dès 1955 et 1958). Afin d’alimenter le succès, d’autres séries furent commandées à des auteurs français par le directeur littéraire Louis Mirman (1916-1999) : « Michel » (Georges Bayard, 1958), « Les Six Compagnons » (Paul-Jacques Bonzon, 1961), « Fantômette » (Georges Chaulet, 1961) et « Langelot » (Lieutenant X, pseudonyme de Vladimir Volkoff, 1965).

Le « Club des cinq » en BD : couverture et extrait de « Les Cinq à la télévision » (Claude Voilier et Jean Sidobre, Hachette 1979).
Plus particulièrement visée et parodiée ici par Fabcaro (jusque dans l’apparence et la taille du livre, publié dans la collection de la Bibliothèque du monotrème), « Le Club des Cinq » paru alternativement dans les Bibliothèque rose et verte jusqu’en 1967, la série étant toujours rééditée actuellement. Aux 21 romans originaux d’Enid Blyton (1897-1968) se rajoutent les 24 volumes supplémentaires, écrits par la traductrice française Claude Voilier (1917-2009) de 1971 à 1985. Très populaires, les aventures des jeunes détectives Claudine (surnommée Claude), François, Michel (dit Mick), Annie et de leur chien Dagobert reflètent les mentalités et mœurs des années 1940-1980. Plusieurs fois adaptée ou transposée (citons par exemple la série de dessins animés « Le Club des Cinq : nouvelles enquêtes » en 2008), la saga aura plus particulièrement connue une version BD (six tomes réalisés par Bernard Dufossé, Raffaele Carlo Marcello et Serge Rosenzweig ; Hachette, 1982-1986), relancée entre 2016 et 2022 chez Hachette Comics avec Béja et Nataël (sept albums parus). Accompagnés d’illustratrices et illustrateurs successifs (Simone Beaudouin, Jeanne Hives, Paul Durand, Jean Sidobre ou – depuis 2019 – Auren), les romans auront marqué des générations de lecteurs du « Club des Cinq » (dont votre serviteur…). Notons enfin que les premières éditions des romans écrits par Claude Voilier comportaient, face aux pages de textes, une page de bande dessinée (signée de Jean Sidobre) en vis-à-vis. Une présentation qui a disparu dans les dernières éditions, rajeunissement graphique dès la couverture oblige…

Couverture et extrait de « Le Club des cinq T3 : Le Secret des templiers » (Serge Rosenzweig et Bernard Dufossé, Hachette 1983).

Couverture et extrait pour « Le Club des cinq T1 : Le Club des cinq et le trésor de l'île » (Nataël et Béja, Hachette 2017).
Comme Fabcaro l’explique : « J’écumais les vide-greniers pour retrouver les livres de mon enfance et je suis tombé sur un livre du « Club des Cinq », « Le Club des Cinq et les gitans », je l’ai feuilleté et j’y ai tout de suite vu le potentiel parodique. J’étais parti au départ sur un projet de format BD puis je me suis dit « Pourquoi ne pas jouer à fond le jeu du pastiche et faire le même objet, du texte illustré ? ». » Un pastiche qui n’est pas le premier du genre, si l’on se remémore l’album « Le Club des Quatre joue la gagne », signé par Guillaume Bouzard en 2005 (Audie).
Reprenant un par un tous les poncifs de la série, Fabcaro s’amuse à écrire une enquête à lire au 37e degré ! Garance (avec ses yeux bleus et ses cheveux blonds), Nathanaël (le sportif agaçant de la bande), enfants des Barral, sont les cousins d’Apolline et Bruno (dont les parents sont morts dans un accident de voiture), tandis que le chien Attila (muni de petites roues après un léger incident…) tente de suivre ce petit monde comme il peut, dans les environs de Juan-les-Bains. Exit donc Kernach et la Bretagne du « Club des Cinq », au profit de la Côte d’Azur. Aussi idiots et décalés que profondément xénophobes, les « Cinq Ami.e.s » dénoncent malgré eux la droitisation et la bêtise de la société : là où les Roumains sont forcément coupables, où les enseignants ne travaillent jamais assez, mais où les Cinq en ont heureusement connu bien d’autres (à ce propos, avez-vous lu « Les Cinq Ami.e.s contre les vieux qui passent devant tout le monde comme si de rien n’était à la boulangerie » ?). Et du côté des illustrations ? Là encore, Fabcaro s’amuse à conjuguer vrais-faux dessins vintage et légendes hilarantes, collages improbables et… bande dessinée (en se mettant ironiquement en scène). 104 pages au total, dont nul ne sortira indemne. Ou alors par hasard, in extremis.
Philippe TOMBLAINE
« Les Cinq Ami.e.s l’échappent belle in extremis » par Fabcaro
Éditions 6 Pieds sous terre (14 €) — EAN : 9782352122036
Parution 17 avril 2026





























