Pendant six mois, dans l’Europe en flammes du printemps 1916, une troupe de jeunes artistes va investir le Cabaret Voltaire : un lieu de culture appelé à devenir mythique, situé à Zurich, dans la rue où demeura Lénine. Poètes, théâtreux, musiciens, peintres ou plasticiens, ils s’en prennent tous aux codes du vieux monde, en présentant des spectacles iconoclastes prônant l’insoumission des esprits et la révolte des sens. Avec cette mise en images et cases — par moments éclatées — de la genèse du mouvement dada (précurseur du surréalisme), le scénariste José-Louis Bocquet et le dessinateur-fondateur du groupe rock-punk Starshooter qu’est Kent ont réalisé une bande dessinée historique marquante sur l’origine de rébellions artistiques contemporaines.
Lire la suite...L’aventure du « Cabaret Voltaire » : pour un art libre !
Pendant six mois, dans l’Europe en flammes du printemps 1916, une troupe de jeunes artistes va investir le Cabaret Voltaire : un lieu de culture appelé à devenir mythique, situé à Zurich, dans la rue où demeura Lénine. Poètes, théâtreux, musiciens, peintres ou plasticiens, ils s’en prennent tous aux codes du vieux monde, en présentant des spectacles iconoclastes prônant l’insoumission des esprits et la révolte des sens. Avec cette mise en images et cases — par moments éclatées — de la genèse du mouvement dada (précurseur du surréalisme), le scénariste José-Louis Bocquet et le dessinateur-fondateur du groupe rock-punk Starshooter qu’est Kent ont réalisé une bande dessinée historique marquante sur l’origine de rébellions artistiques contemporaines.
Depuis 1914, alors que la Première Guerre mondiale vient de commencer, deux artistes allemands — l’écrivain et pacifiste poète déserteur Hugo Ball et la chanteuse et danseuse morphinomane Emmy Hennings —, déjà taxés de dangereux socialistes et anarchistes par les autorités, se déplacent de café en café pour tenter de rebondir. Ils découvrent, par hasard, une petite taverne de Zurich où le patron leur propose de leur donner carte blanche pour animer, lors de réunions quotidiennes, des spectacles qui attireraient sa clientèle composée de nombreux émigrés, en leur reversant 10 % des bénéfices.
C’est dans ce lieu exigu – baptisé Le Cabaret Voltaire (en référence au philosophe des Lumières) —, alors tapissé de tableaux futuristes, cubistes ou expressionnistes, que dès le 5 février 1916, ils vont multiplier les expériences artistiques dans diverses représentations musicales et littéraires, avec l’aide de quelques amis, souvent comme eux exilés en Suisse : les Roumains Marcel Janco (peintre et architecte juif) et Tristan Tzara (écrivain, poète et essayiste), l’Alsacien Jean Arp (peintre, sculpteur et poète) et sa future épouse la Suisse Sophie Taeuber (également peintre et sculptrice) ou encore l’écrivain-poète allemand Richard Huelsenbeck.
Invitant les nouveaux artistes zurichois et quelques célébrités à les rejoindre avec des suggestions et des propositions, le cabaret se remplit chaque soir… Mais, quelques mois plus tard, un arrêté municipal exigeant un couvre-feu à 22 h, juste lorsque le spectacle commence, aura raison du dynamisme de ces artistes avant-gardistes, mais pas du mouvement dadaïste qui continuera d’essaimer dans toute l’Europe…
            Comme à son habitude, le scénario de José-Louis Bocquet (1) est extrêmement documenté (comme le prouve le dossier de 35 pages, avec trombinoscope, en fin de volume) et sa narration est aussi fluide — et toujours pourtant très détaillée — que dans ses bandes dessinées réalisées avec sa compagne Catel. Il réussit même l’exploit de vaincre le handicap qu’aurait pu être l’important nombre de protagonistes pour une bonne lisibilité.
Quant au choix d’Hervé Despesse (le véritable patronyme de celui dont on a pu découvrir ce talent d’illustrateur à partir de 1978, dans Métal hurlant, sous le nom de plume de Kent Hutchinson), il semble être une évidence, vu sa position incontestable d’artiste multicarte porté par l’énergie punk. Alors que son style pourrait parfois s’apparenter à celui de la dessinatrice de « Kiki de Montparnasse », d’« Olympe de Gouges » ou de « Joséphine Baker », il s’en dégage par un trait plus abrupt et des compositions déstructurées qui permettent l’inclusion de réflexions sur l’art, de poèmes, de chansons ou de notes de musique ; mais aussi par une élégante bichromie bleutée que la couleur envahit au fur et à mesure des pages, dès que s’ouvre, officiellement, ce lieu d’expression pour penseurs libres et tumultueux…
(1) Sur José-Louis Bocquet, voir récemment sur BDzoom.com : Isabel Allende, Georges Simenon…, Encore une bio graphique réussie pour Catel et Bocquet : celle d’Anita Conti, océanographe et pionnière de l’écologie…, « L’Art de la guerre : une aventure de Blake et Mortimer à New York » : comment vaincre sans périls…, « Le Passager du Polarlys » : du Simenon dans le dur !, « Blake et Mortimer » : huit heures qui pourraient bien changer le monde…, Alice Guy : le destin romanesque d’une femme hors normes !, « Joséphine Baker » par Catel et José-Louis Bocquet, « Olympe de Gouges » par Catel et José-Louis Bocquet, Plus de lectures du 2 avril 2007…
« Le Cabaret Voltaire : Zurich 1916 » par Kent et José-Louis Bocquet
Éditions Delcourt (26,99 €) — EAN : 9782413085355
















