Abordé par les éditeurs du Louvre pour réaliser une carte blanche, le bédéaste Xavier Coste s’est intéressé au processus de création en proposant une fascinante et originale bande dessinée, coéditée par Rue de Sèvres et le célèbre musée, dans le cadre de l’exposition « Michel-Ange/Rodin : corps vivants » (qui se tient jusqu’au 20 juillet). En faisant dialoguer, au-delà du temps, ces deux maîtres inégalés de la sculpture occidentale — l’un en tant qu’artiste cherchant encore sa voie et l’autre lui servant de guide —, le brillant adaptateur de « 1984 » (qu’il a prolongé d’une suite fictionnée) et metteur en scène de la vie de Georges de Caunes (avec son fils Antoine) dans « Il déserte » (1) donne une dimension toute poétique à un transcendant roman graphique !
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Zoom sur les meilleures ventes de BD du 21 septembre 2022
Alors que « Le Monde sans fin » caracole toujours en tête du classement des meilleures ventes de bandes dessinées, ce ne sont pas moins de sept nouveautés qui font leur apparition dans le « Top 20 BD », avec à leur tête : « Corto Maltese T16 : Nocturnes berlinois ».
« 421 : l’intégrale » T3 : jamais plus jamais…
Et de trois pour l’intégrale « 421 » ! Très attendu, ce dernier volume rassemble, comme il se doit, les ultimes aventures de l’agent britannique Jimmy Plant : héros créé par Stephen Desberg et Éric Maltaite (interviewé en fin d’article) dans Spirou en 1980. Quatre albums plus durs et surprenants, allant jusqu’à explorer le passé du héros…Complété par un prologue, des images d’archives et quelques propositions inédites (imaginées jadis pour poursuivre la série), cet indispensable ouvrage déclassifie tous les secrets de l’intrépide agent britannique.
Avec Bruno Duhamel, il ne faut jamais dire « Jamais » !
Qui a dit que l’excellent « Jamais » de Bruno Duhamel n’était qu’un one-shot ? Cette affirmation n’est plus d’actualité puisque ce talentueux auteur a décidé, avec « Le Jour J », de nous faire retourner à Troumesnil, sur la côte d’Albâtre, en Normandie : région qu’il connaît bien, car il y a passé une partie de sa jeunesse ! Avec autant de tendresse et d’humour que dans le premier opus, il remet en selle la petite vieille au caractère trempé dans de l’acier qu’est Madeleine (91 ans cette année !) : et la doyenne résiste, encore et toujours, à l’autorité municipale qui tente de la protéger sans relâche de l’érosion de la falaise sur laquelle sa maisonnette est perchée.
Hagard : un enquêteur de l’Histoire chez nos ancêtres les Gaulois…
Si les élèves rêvent souvent en classe ou même en sortie scolaire, le jeune Hagard, lui, s’endort n’importe où en journée : dans le bus ou au cœur d’une visite pédagogique. Rassurez-vous, sa narcolepsie n’est pas un handicap pour apprendre ses leçons d’histoire : ses rêves le transportent au cœur du passé et pour ses premières aventures au temps où les Gaulois peuplaient l’actuel territoire de la Somme. « Hagard, enquêteur de l’Histoire »: une excellente série didactique, avec laquelle on apprend sans oublier de s’amuser.
« L’Assommoir » : Zola contemporain !
En écrivant l’histoire tragique des « Rougon-Macquart », Émile Zola a dressé un portrait féroce des fastes de la France bourgeoise face au prolétariat, sous le Second Empire. Mathieu Solal et Xavier Bernoud transportent en ce début de troisième millénaire les protagonistes inoubliables de cette œuvre monumentale. Ils s’attachent plus particulièrement à « L’Assommoir », septième roman de ce témoignage intemporel publié en 1877.
La France vue par une Indonésienne…
Quand en tant que voyageur français, on séjourne à l’étranger, on observe, on remarque les différences de modes de vie, on compare, on critique… Mais on néglige généralement ce que le voyageur étranger observe, remarque et compare quand il vient ou vit chez nous. Et c’est à la fois passionnant et cruel, ce regard de l’autre sur nous…
Tarantino : « C’est pas moi qui en fait trop, c’est les autres qui n’en font pas assez ! »
Après diverses biographies de cinéastes et d’acteurs parues chez un autre éditeur (1), ainsi qu’un « Martin Scorsese » déjà signé par Amazing Améziane, voici un titre inédit concernant Quentin Tarantino, dans un traitement très décalé. Metteur en scène iconoclaste, boulimique de films, critiqué et encensé, au style personnel fourmillant de références, le réalisateur de « Pulp Fiction » voit sa carrière retracée ici à la manière d’une longue interview (hyper) illustrée. De son enfance à son dernier projet, Quentin se dévoile, via de multiples styles graphiques : pop, horreur, enfantin ou minimaliste. Soit un ensemble hétéroclite et inclassable, passionnant parce qu’il s’agit d’un passionné, proposé dans ce long album d’abord destiné aux amateurs de bandes décalées et alternatives… et bien sûr aux cinéphiles.
« Le Serpent et le coyote » : il était une fois un affranchi…
1970, quelque part en Arizona, un camping-car roule tranquillement dans la solitude du désert. Cependant, Joe, son conducteur, avec son passif de truand remontant aux années 1930, n’est pas comme tout le monde : des tueurs à ses trousses sont bien décidés à l’empêcher de témoigner à New York contre leurs chefs mafieux… Ira-t-il, finalement ? Il ne le sait pas encore lui-même ! En attendant, bien des obstacles vont se dresser sur sa route.Ce road-movie au long cours, conjuguant tant l’aventure que la psychologie, la romance ou l’histoire, prend le temps de se développer dans l’espace (grandes cases ou absence de dialogue) et dans le temps (130 planches et une dizaine de chapitres). Très attendu en cette rentrée, ce titre a bien sa place dans la prestigieuse collection Signé des éditions du Lombard.
« Valérian et Laureline par… » : dans les méandres de la création et du temps…
De 1967, année de sa création dans Pilote, jusqu’à 2019, date de parution d’un ultime HS nostalgique, « Valérian » n’a jamais cessé d’entraîner ses lecteurs vers des mondes et des futurs plus ou moins lointains. La disparition de l’inventif Jean-Claude Mézières en janvier 2022 n’a heureusement pas entamé la créativité de son complice de toujours, Pierre Christin : sachant astucieusement joué avec les codes et les époques, le génial scénariste – interviewé en fin d’article et ici associé à Virginie Augustin – livre en conséquence un savoureux album « Vu par… ». Voici nos héros agents spatio-temporels, redevenus enfants, chargés d’aider les Delphes, les créatures qui écrivent les sitcoms de Point Central ! Où la vision grinçante d’une certaine crise culturelle contemporaine…
Fin du « Boiseleur » et de « Ténébreuse » : le scénariste Hubert est encore parmi nous !
Les ultimes tomes des très beaux diptyques « Le Boiseleur » (dessiné par Gaëlle Hersent) et « Ténébreuse » (mis en images par Vincent Mallié) paraissent coup sur coup, en cette rentrée éditoriale très — trop ? — chargée (1). Ils confirment, une fois de plus, combien le scénariste et coloriste Hubert Boulard, qui signait de son seul prénom, va nous manquer. Ce narrateur aussi sensible que cultivé, disparu tragiquement en février 2020 à l’âge de 49 ans, était l’un des meilleurs créateurs de sa génération : la preuve par deux, avec ces deux nouveaux indispensables bédéesques !
La liberté, l’égalité, et surtout la fraternité pour de jeunes révolutionnaires…
Eté 1792, la Révolution française connait un tournant décisif : le 10 août, le roi est fait prisonnier après la prise des Tuileries par les fédérés. Début septembre, des prisonniers monarchistes sont massacrés dans les prisons parisiennes. Une comtesse et sa jeune fille voyagent de nuit pour fuir la violence de la capitale : mal leur en prend ! La petite Célénie se retrouve alors seule et sans défense, dans les rues malfamées de Nantes. Elle pourra cependant compter sur l’aide d’enfants des rues pour survivre à bien des dangers.
« Châteaux Bordeaux » : happy end !
Chaleureusement accueillie par l’industrie des vignerons en pleine mutation, la saga familiale imaginée par Corbeyranpour Espé trouve sa conclusion avec ce douzième album. C’est l’occasion de saluer une série destinée à un large lectorat, qui mêle avec astuce le vécu d’une noble profession et une riche intrigue. À la fois documentaire et fiction, « Châteaux Bordeaux » témoigne aussi de la bonne santé de la bande dessinée traditionnelle.
D’Hérophile à Vésale, mêmes combats ?
Tout le monde associe Alexandrie à sa mythique bibliothèque, fondée par Ptolémée 1er, qui depuis le IIIe siècle avant J.-C., réunit tous les écrits de l’époque : littéraires, philosophiques, religieux… Nombre de savants et intellectuels viennent les consulter, notamment des médecins. C’est le cas du grec Hérophile dont les pratiques font scandale ou, beaucoup plus tard, en France, du Belge Vésale qui s’impose beaucoup d’humanité dans ses recherches…






