L’histoire incroyable de Jeanne d’Arc, célébrée par presque tous — des universalistes aux sceptiques —, a été largement racontée, y compris en bande dessinée. Ici, son juge en chef, Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, conseiller du roi d’Angleterre et de France, tient le premier rôle. Dans ce beau livre, les auteurs nous convient à un procès-fleuve, historique… ou plutôt à ses préparatifs, ses dessous et arrière-pensées commentés de façon brillante : parfois spectaculaires, mais toujours montrés avec équilibre.
Lire la suite...« Sculpter l’éternité » : quand Rodin se confronte à Michel-Ange !
Abordé par les éditeurs du Louvre pour réaliser une carte blanche, le bédéaste Xavier Coste s’est intéressé au processus de création en proposant une fascinante et originale bande dessinée, coéditée par Rue de Sèvres et le célèbre musée, dans le cadre de l’exposition « Michel-Ange/Rodin : corps vivants » (qui se tient jusqu’au 20 juillet). En faisant dialoguer, au-delà du temps, ces deux maîtres inégalés de la sculpture occidentale — l’un en tant qu’artiste cherchant encore sa voie et l’autre lui servant de guide —, le brillant adaptateur de « 1984 » (qu’il a prolongé d’une suite fictionnée) et metteur en scène de la vie de Georges de Caunes (avec son fils Antoine) dans « Il déserte » (1) donne une dimension toute poétique à un transcendant roman graphique !
Alors qu’il a passé le cap de la trentaine, Rodin est un créateur déjà renommé. Il ne lui manque plus que la reconnaissance de ses collègues et des critiques pour qui ses œuvres ne sont jamais assez bien : en fait, ils ne le comprennent pas !
Sculpter le portrait de Victor Hugo pourrait être une opportunité à ne pas rater. Cependant, cette proposition n’enchante guère le célèbre écrivain, même si l’auteur des « Misérables » finit par accepter qu’il tente sa chance : mais il ne posera pas pour lui…
Alors que s’ajoutent des difficultés financières, Rodin est en plein doute, croyant être allé au bout de lui-même. Partant quand même chercher l’illumination au Musée du Louvre, il s’interroge face aux statues qui semblent tellement vivantes de Michel-Ange : comment le maître italien a-t-il pu dompter des blocs de marbre pour que ses œuvres incarnent ainsi la force des corps ou la profondeur de l’âme et soient capables de traverser les siècles ?
Par leur intermédiaire, une relation « imaginaire » va s’établir entre Rodin et Michel-Ange. La voix de ce mentor écrasant, par ailleurs source d’inspiration constante, questionne le jeune sculpteur à travers le temps. Et c’est cette confrontation intérieure, symbolique et esthétique, qui va structurer le récit et devenir le moteur d’une réflexion sur l’art, sous la plume et le pinceau aussi vigoureux qu’élégant de Xavier Coste : lequel réussit à donner vie aux sculptures des deux surdoués et à traduire picturalement les tensions de ce duel onirique, volontairement romancé, mais qui s’appuie sur une solide documentation.
Ainsi, le lecteur va se prendre au jeu de cet ambitieux — mais habité — livre sur la quête impossible de la perfection, où le rêve se mélange à la réalité, s’étonnant d’entrer si facilement dans la tête de l’artiste, certainement grâce à la force et à l’énergie des images…
(1) Voir par exemple, sur BDzoom.com : « Il déserte : Georges ou la vie sauvage » : des impossibilités d’une île… ou « 1984 » de George Orwell : une puissance dystopique élevée au carré !.
« Sculpter l’éternité : Rodin face à Michel-Ange » par Xavier Coste
Éditions Rue de Sèvres/Louvre (26 €) — EAN : 9782810210619
Par ailleurs, l’actualité est faste pour les éditions Rue de Sèvres, puisqu’elles sortent, ce même mois, plusieurs ouvrages qui méritent tout votre intérêt. Outre le très beau et prometteur « La Langue des vipères » de Juliette Brocal (dont vous parle Philippe Tomblaine dans sa rubrique « L’art de… » : « La Langue des vipères » : avoir les maux pour le dire…) et le très attendu « Tourner la page » de Zep (qui sera chroniqué vendredi par Didier Quella-Guyot, au détour de son prochain « BD voyages »), signalons également le nouvel opus de « La Cuisine des ogres » : un drôle, mais effrayant, univers créé par Fabien Vehlmann et remarquablement enluminé par Jean-Baptiste Andreae. 
Après un premier tome (mis en avant ici même : « La Cuisine des ogres » : un conte aussi gourmet que cruel !), axé sur la destinée de Trois-fois-morte que l’on retrouve d’ailleurs dans cette « Vie de vaurien », c’est le petit korrigan Brèche-dent qui est la vedette de ce deuxième tome aussi tendre qu’horrifique. Pour pouvoir rejoindre la brigade Tout-Sucre, où il pourrait se forger un avenir bien meilleur que celui de plongeur à la Cuisine des ogres, on lui demande de trahir son amie, dont les talents de cuisinière sont jalousés… À ne pas rater !
« La Cuisine des ogres T2 : Une vie de vaurien » par Jean-Baptiste Andreae et Fabien Vehlmann
Éditions Rue de Sèvres (20 €) — EAN : 9782810208173
Parution 8 avril 2026



















