Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
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Ça y est, Manu Larcenet a mis le mot fin à son faux polar aussi sombre que dérangeant : un long thriller bien noir en bande dessinée, dont certaines interrogations trouvent enfin leurs réponses avec ce quatrième tome ; comme la présence de mystérieuses statues de l’Île de Pâques dans ces sortes d’orgasmes éthyliques que le « héros » appelle le « blast ». Depuis 2009, on suit donc l’errance de Polza Mancini, obèse auteur d’ouvrages gastronomiques d’à peine quarante ans qui, lorsqu’il a appris le décès de son père, a sombré dans la dépression et a décidé de tout laisser tomber pour devenir quasi clochard. Ou, du moins, ce qu’il veut bien raconter, pendant sa garde à vue, à deux policiers qui l’interrogent sur ce qu’il a pu faire à Carole Oudinot, jeune fille qu’il est soupçonné d’avoir assassiné, après son séjour en hôpital psychiatrique. Et nous, lecteurs, nous n’avons plus aucun doute : cette descente aux enfers est un véritable chef-d’œuvre du 9e art.
En effet, il s’agit d’un roman graphique psychanalytique exigeant, où chaque bribe de l’histoire se répond parfaitement. Cela a dû, d’ailleurs, nécessiter une rigueur incroyable pour que le fil du récit ne nous échappe jamais.
On pourrait même commencer avec ce dernier acte, sans avoir lu les précédents, et se faire embarquer de la même façon par ce témoignage halluciné d’un cas psychiatrique hors du commun : sur le plan narratif, cet ultime volume, dense et concentré, est mené d’une façon magistrale, n’offrant comme seuls répits que quelques expérimentations graphiques où Larcenet alterne compositions naturalistes colorées, joyeux dessins d’enfants et strips comiques signés par son complice et ami Jean-Yves Ferri (avec qui il réalise l’amusante série « Le Retour à la terre »).
Son propre graphisme, quant à lui, reste noir de chez noir (comme son propos), avec quand même un peu de gris par-ci par-là, mais il semble surtout plus élégant et plus fluide. Il est même peut-être encore plus abouti que sur les tomes précédents, notamment au niveau des expressions des différents protagonistes qui, elles, paraissent plus subtiles au milieu de cette atmosphère poisseuse si bien retranscrite, où l’équilibre entre fantasmes et réalité se dégrade au fur et à mesure que l’on avance vers la vérité… Et, évidemment, cela ne peut pas se finir bien…
Gilles RATIER
« Blast T4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent » par Manu Larcenet
Éditions Dargaud (22,90 €) – ISBN : 978-2205 — 07273-0











