Dans la série des mythiques personnages de la BD franco-belge vus par des auteurs aux styles différents de ceux de leurs créateurs ou continuateurs, certains s’en dépatouillent manifestement mieux que d’autres. C’est le cas d’un Émile Bravo sur Spirou, mais aussi de Matthieu Bonhomme sur Lucky Luke. Ayant inauguré ce principe il y a tout juste dix ans, le virtuose graphiste revient avec une troisième aventure décalée du célèbre cow-boy qui tire plus vite que son ombre… Après avoir confronté ce dernier aux risques de la mort et de la vie de couple, il fait endosser le rôle du père à notre flegmatique héros au foulard rouge ! Un album au propos écologique, qui réussit à être à la fois réaliste, drôle et émouvant, et qui est superbement dessiné !
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On connait les dangers de la malbouffe pour la santé et l’environnement et donc l’importance d’en informer les jeunes générations. Cette mission tient à cœur de la jeune Yasmina, cordon bleue précoce qui veut informer par tous les moyens ses camarades de l’intérêt du jardinage et d’une cuisine avec des aliments sains. Vaste programme qui marque le début réussi d’une nouvelle série : énergique, écologique et humoristique !
Bruxelles de nos jours, Omran élève seule sa fille Yasmina. Il est salarié dans une friterie où son talent pour assembler acrobatiquement frites, sel, sauce et la fourchette dans un papier aéré fait merveille. Ce travail alimentaire, forcément alimentaire, ne lui plaît pas. Il est cependant fort désappointé quand l’entreprise ferme et qu’il se retrouve sans emploi. Sa fille unique n’a pas les mêmes préoccupations !

Yasmina T1 page 5
Yasmina est une jeune fille engagée ; passionaria de l’écologie et d’une cuisine saine. Toujours en tablier et toque blanche, elle prépare des repas équilibrés à la maison et entend convaincre ses camarades de la justesse de son point de vue. Elle tient à ce qu’ils signent une pétition demandant au directeur de l’établissement de remplacer heures d’anglais ou de mathématiques par des cours de cuisine et de jardinage.
Ce n’est pas gagné car les collégiens ne se passionnent pas pour ces questions de société préférant se défouler en sport, écouter leur musique ou flirter avec le sexe opposé. Un temps abattue, Yasmina va vite se reprendre pour solutionner en même temps les soucis professionnel de son père et le manque d’équilibre des repas à la cantine.

Yasmina fait ce qu’elle croit juste, ce qui lui donne un petit côté moralisatrice agaçante quand elle assène ses vérités à ses camarades de son âge : « Vous savez que l’élevage joue un rôle important dans la disparition de la forêt tropicale ? » ou « Il faut consommer local ! En suivant les saisons ! » et « Nous devons nous reconnecter à notre alimentation ! 40 % des écoliers ne savent plus que le lait vient de la vache ! Et 36 % que le jambon vient du porc ! 11 % pensent que les œufs sont faits avec du blé ! » Elle est pardonnée de tous par son énergie, son abnégation et sa sincérité inébranlable.

Les adolescents et la malbouffe !
Avec l’aide de quelques amis rencontrés sur les jardins potagers Yasmina forme son père à la restauration rapide mais conviviale dans un foodtruck alternatif.
C’est près de ce commerce ambulant qu’elle trouvera presque malgré elle la solution pour que les collégiens signent sa pétition.
Il y aura cours de cuisine et de jardinage mais peut-être pas comme elle l’espérait, mais ça c’est une autre histoire !

Ah, les selfies...
Il y a un an Wauter Mannaert connaissait le succès, Prix Atomium Willy Vandersteen, avec ce qui devait être un one-shot : « Yasmina et les mangeurs de patates ». Les éditions Dargaud lui donnent l’occasion de poursuivre les aventures de Yasmina, la cuisinière en toque, mais pas toquée, dans une série jeunesse vraiment originale. La vivacité est de rigueur dans des planches dynamitées par des cases sans pourtour et un dessin rond, jeté, très coloré.

Petit foodtruck contre grande enseigne !
Les thématiques on ne peut plus contemporaines développées dans l’album, – l’écologie, la défense de l’environnement, les circuits courts pour une nourriture saine, l’agriculture raisonnée, le consommer responsable et le développement durable-, auraient pu sembler indigestes sans un humour omniprésent et bien pesé.
On s’amuse ainsi des designs et des noms des véhicules de foodtruck d’Omran : de Mr Bean à Crazy Porto Bello ou Hot Soup, autant que des défauts adolescents caricaturés dans la cour du collège et des disputes sans fin de deux jardiniers irascibles.
Vous l’avez deviné nous avons apprécié les saveurs du menu proposé par le premier volume de « Yasmina », une cuisine moderne et créative relevé d’un humour parfois épicé avec au final une douceur qui a la saveur d’un revenez-y… Nous y reviendrons !
Laurent LESSOUS (l@bd)
« Yasmina T1 : Master-Classe » par Wauter Mannaert
Éditions Dargaud (9,99 €) – EAN : 978-2-5050-8340-5



















