Né le 14 août 1926, le légendaire René Goscinny — disparu trop tôt à l’âge de 51 ans, en 1977 — aurait eu 100 ans cette année ! Une salve de livres célèbre aujourd’hui le centenaire du génial scénariste d’« Astérix », de « Lucky Luke » ou d’« Iznogoud » et créateur du « Petit Nicolas » (1), dont l’un est attendu depuis longtemps, puisque la première partie a paru en 2019. (2) Il s’agit du second volume du « Roman des Goscinny » par Catel (spécialiste du roman graphique biographique avec ses sensibles ouvrages sur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker…), qui a bénéficié une nouvelle fois, pour cet instructif et touchant portrait, de la complicité d’Anne Goscinny : la fille de cet homme guidé par le plaisir de divertir, dont l’héritage universel continue de faire vibrer toutes les générations…
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Banquier et philanthrope, homme discret aimant parcourir le monde, Albert Kahn a intrigué ses contemporains. Son principal défi ? Rien moins qu’inventorier visuellement le globe, photographies et films devant nourrir ses nobles causes culturelles… Un one-shot de 96 pages dans lequel Didier Quella-Guyot, grand amoureux des voyages, documente avec Manu Cassier l’incroyable parcours de l’auteur des « Archives de la planète ». Une vie consciente du destin fragile des peuples, au tournant d’un siècle tragiquement rattrapé par les crises et les guerres…
C’est au cours de ses diverses recherches documentaires que Didier Quella-Guyot (animateur de la rubrique « BD voyages » de BDzoom.com) fut intrigué par les photos couleur du fonds des « Archives de la planète » : soit un projet, entrepris de 1908 à 1931, destiné à photographier les cultures humaines à travers le monde. 72 000 clichés, 170 km de films et 50 pays traversés au total ! Homme de son temps, doué d’un sens inné des affaires, Albert Kahn, Juif d’origine alsacienne (1860-1940), parfaitement conscient des bouleversements à l’œuvre, était essentiellement désireux d’immortaliser des mœurs, coutumes ou activités humaines en voie de disparition. Pour se faire, après être devenu à 38 ans l’une des plus grosses fortunes de France, il s’entoura peu à peu de nombreux collaborateurs (opérateurs, photographes, réalisateurs, peintres, etc.) susceptibles de traduire au mieux sa vision des choses : un inventaire à visée scientifique, rendu possible par l’autochrome (un procédé de photographie couleur produit industriellement, inventé en 1903 par les frères Lumière), mais excluant par principe tout aspect touristique ou publicitaire.
Homme du monde particulièrement discret, ayant longtemps refusé d’être lui-même pris en photo, Kahn, en éternel soucieux du dialogue entre les peuples et les cultures, partagea ses visions sous de multiples aspects : bourses de voyages pour de jeunes agrégé(e)s (les Albertines), mécénat à destination de l’enseignement supérieur et de la recherche, engagement pour la paix et développement des missions caritatives. À partir de 1892, son hôtel particulier de Boulogne-Billancourt se transforma peu à peu en un jardin extraordinaire, grâce au rachat de parcelles voisines et à l’aménagement des parterres, vergers, pavillons et forêts ornementales inspirées tant des versants vosgiens que de l’art des jardins français ou japonais. Un « jardin du monde » où se pressèrent des amis ou connaissances nommées Henri Bergson, Rodin, Colette, Thomas Mann, Anatole France, André Michelin, Marcel Dassault ou Adrienne Avril de Sainte-Croix.
Soucieux de traduire la curiosité et les impulsions enseignantes d’Albert Kahn, Didier Quella-Guyot était aussi désireux de rendre compte des aspects insaisissables de son protagoniste : un homme cherchant notamment à s’effacer de la mémoire visuelle. D’où la nécessité de romancer certains aspects de sa vie, tout en réunissant une large documentation destinée à rendre graphiquement les voyages et créations de l’idéaliste Kahn. Au dessin, d’un style semi-réaliste classique et immédiatement lisible, Manu Cassier évolue des années 1880 aux années 1940, dans une palette chromatique alternant les verts et les bruns. Un biopic didactique qui ravive l’esprit grand ouvert d’Albert Kahn, dont les collections des « Archives de la planète » viennent d’être inscrites en avril 2025 au Registre international mémoire du monde par l’Unesco.
Philippe TOMBLAINE
« Albert Kahn : l’archiviste de la planète » par Manu Cassier et Didier Quella-Guyot
Éditions Glénat (20,50 €) — EAN : 978-2344062326
Parution 18 juin 2025


















