La préhistoire a duré plusieurs millions d’années. L’histoire de l’homme est plus récente : Sapiens n’a que 300 000 ans. Notre espèce de chasseurs-cueilleurs s’est peu à peu convertie à la sédentarité, lors d’une période charnière entre l’âge de la pierre taillée et celui de la pierre polie : le mésolithique. C’est à cette époque, il y une dizaine de milliers d’années, qu’une jeune fille aux yeux vairons découvre ce monde en devenir.
Lire la suite...Belle comme un « Rêve de pierre »…
C’est le cinquième album signé par le solide duo que forment Rodolphe et Philippe Marcelé que publient les éditions Mosquito. Une fois encore, ces experts en frissons proposent un récit où la beauté cohabite harmonieusement avec le macabre. Une haletante remontée dans le temps, servie par le trait sulfureux parfaitement maîtrisé de Philippe Marcelé qui, à 83 ans, dessine comme un jeune homme. Aurait-il lui aussi signé un pacte d’éternelle jeunesse avec Belzébuth ?
Dans un café parisien, au début du XXe siècle, le romancier à succès Stanislas Saint Maur est abordé par la riche et belle Isadora Berg. Elle se dit fervente admiratrice de ses ouvrages, dont le thème récurrent est le déroulement du temps. À son jeune neveu et secrétaire Émile, Stanislas raconte qu’alors âgé de 13 ans il avait rencontré une belle jeune femme ressemblant trait pour trait à Isadora. Il se souvient qu’il avait pénétré dans un parc appartenant à une riche famille, rarement présente en ces lieux.
Il n’a jamais oublié ces brefs instants passés avec la belle inconnue : aussi belle que la statue de pierre située à l’entrée de ce parc de Mortefontaine. Invité par cette femme — qui a si longtemps hanté ses rêves —, il traverse la France pour rejoindre son domaine familial de Berg, au bord du lac Orphéus, où se déroule une réception. Au fil d’une soirée qui se révèle riche en révélations,Stanislas apprend que la dame du château de son enfance — elle vient de devenir ce soir-là sa maîtresse — est immortelle, après avoir pactisé avec Belzébuth. Malgré les réserves de son neveu et d’un ecclésiastique, mais aussi de la population du village voisin — qui la nomme la comtesse du diable —, Stanislas accepte d’épouser Isadora… La cérémonie nuptiale va tourner au macabre, où la vie éternelle devient mort éternelle.
Jouant habilement avec le mythe de Faust, Rodolphe propose un récit troublant, construit sur mesure pour le trait tourmenté de son compère. Le dessinateur octogénaire conserve une maîtrise parfaite de son art, tout au long des 64 pages de cet ouvrage aux images d’une noirceur envoûtante. C’est toujours avec le même plaisir que nous renouons avec le graphisme baroque d’un créateur à part dans le monde de la bande dessinée et qui n’a jamais renié son originalité. Il est réjouissant qu’un petit éditeur indépendant permette à un artiste hors norme de poursuivre en toute liberté son œuvre.
Né à Bordeaux le 21 février 1943, Philippe Marcelé étudie aux Écoles des Beaux-Arts de sa ville natale, puis de Paris. Tout en travaillant pour l’Éducation nationale, dès 1974 il publie ses premières histoires dans Charlie mensuel, L’Écho des savanes, puisPilote à partir de 1978. Il propose « Macbeth », « Lolla », « Un après-midi au cirque » chez Dargaud, « Conte suave » chez Albin Michel. De 1982 à 1986, il réalise seul la pentalogie « Les Capahuchos » dans Circus, puis « Le Signe du taureau » avec Patrick Cothias. Il signe la trilogie « Colère noire » avec Thierry Smolderen aux Humanoïdes associés. À partir de 1994, il campe avec Bernard Chiavelli la coquine Élodie pour Fluide glacial, puis réalise les cinq albums de « Gothic » avec Rodolphe au Téméraire,puis chez Delcourt. Boudé par les éditeurs traditionnels, il trouve refuge aux éditions Mosquito où il poursuit son œuvre avec Rodolphe : « Markheim » en 2013, « Macbeth » (dans une version différente), « Une nuit avec Lovecraft », « Le Pays de la nuit », « Le Fantôme de Canterville »… Ajoutons qu’après avoir travaillé pour plusieurs écoles d’art il a enseigné à l’université de Rennes-II.
Rodolphe Jacquette, qui signe Rodolphe, né le 18 mai 1948 à Colombes, est un scénariste incontournable depuis plus de 50 ans. Après avoir créé et animé la revue Imagine en 1975, il collabore avec un nombre impressionnant de dessinateurs : « Les Enquêtes du commissaire Raffini » avec Jacques Ferrandez, « Les Écluses du ciel » avec Michel Rouge, « Dampierre et Morrisson » avec Alexandre Coutelis, « Cliff Burton » avec Frédéric Garcia, puis Michel Durand, « Taï-Dor » avec Serge Le Tendre pour Jean-Luc Serrano, « Le Blaireau » pour Emmanuel Boëm, « Melmoth » pour Marc-Renier, « L’Autre Monde », puis « Mary la Noire » pour Florence Magnin, « Trent », puis « Kenya » et « Amazonia » pour Leo, « Dock 21 » pour Alain Mounier, « Les Moineaux » pour Louis Alloing, « Das Reich » pour Claude Plumail, « London » pour Isaac Wens, « La Maison Dieu » pour Nathalie Berr, « Mister George » pour Hugues Labiano, « Frontière », puis « Le Village » pour Bertrand Marchal, « Europa » avec Leo pour Zoran Janjetov, « Terre » pour Christophe Dubois, « Centaurus » avec Leo pour Zoran Janjetov… Il faut ajouter plusieurs dizaines deone-shots à l’œuvre éclectique de ce scénariste prolifique, passionné depuis toujours par la bande dessinée.
« Rêve de pierre » par Philippe Marcelé et Rodolphe
Éditions Mosquito (16 €) — EAN : 9782493343574



















