L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
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Après la disparition des dragons, chaque espèce s’est repliée sur son île. En Muridie, les Sinois sont maintenus en sujétion. Un jour, par un concours de circonstances, Gib et sa mère refusent une ultime brimade et s’enfuient, rejoignant la mystérieuse Guilde de mer et ses marchands aventuriers.
Inscrite dans la mouvance de la nouvelle bd, cette série constitue une excellente surprise. Mêlant heroic fantasy et aventures dans un univers animalier, tout en développant en arrière fond un propos très sérieux pour un public adulte, elle apparaît d’abord marquée par la référence au Mauss de Spiegelman, non pas tant par l’animalisation des personnage que par l’atmosphère générale, la dénonciation du totalitarisme (oppression raciste, arbitraire policier, médecins se livrant à des expérimentations sur des prisonnier) et l’évocation discrète de la shoah (noter p12, comme en aparté dans une superbe planche ubicuistique, le prisonnier jetant des cadavres dans une cheminée). Pour autant, cette œuvre singulière ne fonctionne pas comme une simple reprise plus ou moins plagiaire du maître, révélant des qualités propres et une réelle maîtrise de la narration en images : un scénario parfaitement conduit, des dialogues fluides à la lexicologie savoureuse, un trait original créant une tension dramatique omniprésente, des personnalités attachantes campées en quelques cases, un univers riche et complexe permettant de nombreuses variations et un récit dynamique. Le tout offre un 1er tome déjà abouti et accrocheur qui révèle une jeune auteuse de talent et constitue une vraie découverte pleine de promesses.
Joël Dubos
La guilde de mer, t.1, Au point de devant de Nancy Pena, La Boîte à bulles, 14,80 euros







