Manu Larcenet nous livre peut-être ici son album le plus personnel, après « Le Combat ordinaire » et « Blast » ! Il nous parle de la mort et de la vieillesse, cherchant à regarder en face ce qui nous échappe : la maladie, la solitude, l’angoisse, les liens que l’on a brisés, le temps qui passe, l’inadaptation à la société… Plus radicalement encore, en se dessinant au bord du vide et en retirant presque tout ce qui pourrait faire écran entre son personnage et le lecteur, il laisse planer cette question qui revient lorsque tout le reste s’effondre : à quoi bon ? « L’Insensé » est un album poétique que certains jugeront parfois inconfortable, mais qui est d’une puissance rare : une œuvre qui refuse les facilités de l’émotion, pour mieux atteindre quelque chose de beaucoup plus profond…
Lire la suite...« Les Gens honnêtes » T3 par Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat
Avec ce troisième opus aussi réussi que les précédents (1), nous continuons de suivre les hauts et les bas de Philippe Manche, quinquagénaire que le monde n’a pas épargné, mais qui trouvé une sorte de havre de paix dans une petite librairie du Bordelais, après avoir raccroché ses ciseaux de coiffeur à bord du TGV. Cette tranche de vie vraiment attachante est racontée avec toujours autant de sensibilité et d’humour, mais on sent bien que, pour cet avant-dernier épisode, c’est Christian Durieux – préposé pourtant au départ au poste de dessinateur – qui a pris le dessus narratif, respectant cependant l’ambiance intimiste initiée par Jean-Pierre Gibrat,…
L’habile graphiste, dont le trait se révèle de plus en plus efficace a donc plus que des velléités de conteur – comme il nous l’a déjà prouvé maintes fois (voir Christian Durieux ou Appelle-moi Ferdinand) – et va jusqu’à intégrer, dans ce monde imaginé par le créateur de « Mattéo » ou du « Sursis », l’histoire vraie de l’un de ses voisins du Sauternais, lequel lui a parlé de son arrière-grand-père qui effectua un reportage photographique en Transcapie…
Cette chronique sur des gens ordinaires qui nous semblent si familiers, mais qui sont capables d’actes extraordinaires – comme celui qui consiste à reprendre goût à la vie après s’être retrouvé au chômage sans l’avoir vu venir ou celui de poursuivre une relation amoureuse épistolaire avec la jeune fille qui vous a égratigné le cœur – se déguste comme un bon verre de vin : d’ailleurs, le protagoniste de ce charmant récit s’y connaît en pinard, puisqu’il poursuit la tradition initiée par un ami bouquiniste disparu, alliant littérature et bons crus ou parties de pêches et de jambes en l’air.
Seulement, aujourd’hui, notre libraire qui a complètement été adopté par les habitants du village a oublié que sa mère doit venir le rejoindre, pour passer avec lui les vacances d’été. C’est le maire de la commune qui a va devoir secourir la pauvre femme perdue à la sortie de la gare, en la conduisant jusqu’à l’échoppe de son fis ton. Alors qu’une idylle entre les deux seniors semble naître incidemment, voilà qu’une revendicative voisine débarque les bras chargés de caisses de produits vinicoles.
Et entre turbulences et moments de grâce, on se rend compte qu’on est tout simplement en train de lire une bande dessinée profondément humaine, tendre, généreuse, authentique…
Gilles RATIER
(1) Voir Plus de lectures du 25 août 2008 et « Les Gens honnêtes » T2 par Durieux et Gibrat
« Les Gens honnêtes » T3 par Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat
Éditions Dupuis (15,50 €) – ISBN : 978-2-8001-5059-8












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