« Les Irradiés de l’île Longue » : une enquête en sous-marin…

En 1965, le général de Gaulle choisit l’île Longue, dans la rade de Brest, pour y installer la base opérationnelle des sous-marins nucléaires français. Jusqu’en 1996, les ouvriers vont s’exposer sans le savoir à de dangereuses radiations ; un bras de fer est alors engagé contre les responsables militaires du site… La journaliste Carole Collinet décrypte cette affaire très sensible, mise en images par Éric Appéré, un habitué des sujets documentaires évoqués dans les revues Topo et Casiers.

Très régulièrement, la BD reportage et le journalisme d’investigation s’associent pour nous permettre de mieux comprendre des enjeux de société, des thématiques complexes ou de véritables affaires d’État. Ainsi de « Vert de rage : les enfants du plomb » (Sébastien Piquet et Martin Boudot, 2024 ; Prix Eco-Fauve Raja 2025 à Angoulême), « Champs de bataille : l’histoire enfouie du remembrement » (Pierre Van Hove et Inès Léraud, 2024), « Le Paradoxe de l’abondance » (Dominique Mermoux, Vincent Ravalec et Hugo Clément, 2025) ou de « Les Sacrifiés du paradis : enquête au cœur du colonialisme vert » (Chico et Guillaume Blanc, 2026).

La base de l’Île-Longue et un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de la Force océanique stratégique - Archives Ouest-France (Thierry Creux).

Dans le présent album, c’est donc la scénariste Carole Collinet qui s’est saisie d’un sujet lui tenant à cœur. Journaliste pour la presse écrite et France Télévisions depuis 1999, œuvrant notamment à la rédaction brestoise de France 3 Bretagne, elle croise en effet dès 2012 la route des « Irradiés de l’île Longue ». En 2013, elle rencontre un ancien ouvrier de la base : victime d’un cancer, il cherche alors à faire reconnaitre le caractère professionnel de sa maladie. Et il n’est pas le seul… Face à l’inertie politique et à l’obsession du secret de la Grande Muette (l’Armée française), un long combat pour la vérité débute. Carole Collinet, engagée dans une démarche citoyenne et la volonté de faire justice, commence par proposer un scénario de huit planches sur l’histoire des ouvriers de la base nucléaire, à destination de Casiers, une revue brestoise de bande dessinée. De là naitra l’idée d’un roman graphique plus complet.

Page 11 (Dargaud, 2026).

Au commencement (planches 1 et 2 , Dargaud, 2026).

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Les impressionnants travaux de terrassement laissent apparaître l’emplacement des deux grands bassins de 120 m de long, creusés dans la roche (Photo : Stéphane Jézéq).

Située en rade de Brest (Finistère), sur le territoire de la commune de Crozon, l’île Longue est en réalité une presqu’île, jadis utilisée comme camp d’internement pendant la Première Guerre mondiale. Débutés en 1967, les travaux de la base opérationnelle des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) vont durer cinq ans. Le chantier le plus important d’Europe mobilise 3 500 ouvriers, 300 000 m3 de béton coulés et 6 000 tonnes d’acier, tout en débutant…. par l’expropriation des fermiers qui résidaient sur les lieux. Bassins de radoub, ateliers, bâtiments annexes, bureaux, logements, clôtures et système de surveillance transforment radicalement le paysage, tout en devenant un site hautement stratégique de la Marine nationale. L’un des 11 gérés depuis 2017 par la société Naval Group, dont l’actionnaire majoritaire reste l’État français. Si l’album précise l’historique et les chiffres associés à l’île Longue, retenons ces trois éléments : 2 000 personnes employées dont 600 civils, aucun service de radioprotection avant 1996, 16 missiles de six têtes nucléaires par sous-marin.

Engagements (pages 28 et 29 ; Dargaud, 2026).

Décrivant tant les mécanismes de la dissuasion nucléaire que les témoignages et procédures intentées par les victimes irradiées, les courriers reçus et les bilans des rapports d’études sanitaires, l’ensemble des risques professionnels et la condamnation pénale des fautes commises par le ministère des Armées, sans qu’une reconnaissance officielle par l’État ne soit encore effective, l’album se traduit graphiquement par un style volontiers jeté et faussement naïf. Rendant immédiatement accessibles les tenants et aboutissants de cette affaire, il éclaire cette thématique anxiogène saisissante, appuyée par plusieurs années d’investigation et de recherche de la vérité. Il y a des silences d’État qui font à vrai dire, 30 ans après le dévoilement de manquements graves, autant de bruit qu’une explosion atomique…

Philippe TOMBLAINE

« Les Irradiés de l’île Longue : enquête sur un silence d’État » par Éric Appéré et Carole Collinet

Éditions Dargaud (23 €) — EAN : 9782205214710

Parution 19 juin 2026

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6 réponses à « Les Irradiés de l’île Longue » : une enquête en sous-marin…

  1. PATYDOC dit :

    Ca ne vous choque pas, la haute qualité du dessin ?

  2. Pascal dit :

    Pourquoi la bd va mal dont les ventes ne cessent de décroitre ? J’en vois plusieurs raisons : la première concerne le prix beaucoup trop élevé, la deuxième a mon sens et la principale est bien sûr la surproduction : éditeurs qui publient n’importe quoi, des centaines de livres qui ne devraient même pas voir le jour, moins par la qualité du scénario que par la piètre qualité du dessin (et je suis gentil en disant cela) qui vont vendre quelques centaines d’exemplaires et qui iront au pilon rapidement. Et qui les vendent très chers. C’est vraiment prendre les gens pour des cons. De plus des dizaines de nouveaux éditeurs se lancent chaque année dont très peu survivront. On ne s’improvise pas éditeur, dessinateur ou scénariste par un coup de baguette magique. La folie des romans graphiques qui pour leur immense majorité n’ont strictement aucun intérêt, pas tous évidemment mais les meilleurs (je pourrais en citer plein) sont noyés dans la majorité, pratiquement illisibles. D’autres parts, toutes les BD qui viennent de blogueurs sans intérêt toujours auto centrées sur leur petite personne. Mais qu’est-ce qu’on s’en fiche de leur vie sexuelle, de leur petit problème de tous les jours ! Le gens veulent rêver, s’évader .. C’est un peu comme le cinéma français, les fameuses comédies romantiques.. Et qu’est-ce qu’on voit ? Que les BD qui résistent le mieux sont les fameuses bd franco belges et à raison. J’ai acheté pendant 40 ans environ 50 BD par an mais depuis une dizaine d’années, je n’achète plus que 10 ou 15 BD par an, que des valeurs sûres car je sais que je ne serai pas déçu et c’est le cas.
    Pour finir, cette BD « Les irradiés de l’île longue » en un exemple parfait de BD que je n’achèterai pas, même si le sujet semble intéressant, mais vous avez vu le dessin ? C’est l’exemple typique de BD que les éditeurs ne devraient jamais publiées.

  3. Capitaine Kérosène dit :

    Patydoc et Pascal, où voyez-vous du dessin ?
    Dans l’article, il n’est pas écrit « dessin » mais « mise en images ». :-)

  4. Marcel dit :

    Je n’aime pas uniquement les dessins réalistes ou très léchés, j’ai rien contre un dessin plus lâché ou expérimental, mais là… C’est juste moche. Non seulement le mec ne sait pas dessiner, mais en plus il s’en fout, il dessine un trait pas droit à la main, il se reprend sans effacer ce qui ne va pas, il s’en fout.
    Et Dargaud tolère (et publie) ça ?… Y a décidemment plus de boulot éditorial chez les éditeurs (sic) ?…

  5. Pascal dit :

    Marcel: vous avez raison. Moi aussi j’aime bien les dessins moins « lâchés ». Reiser était un génie!, Vuillemin en est un aussi. t Mais il n’ont jamain prétendu faire du dessin réaliste. Gotlib était excellent dans les visages, les expressions portées à leur paroxysme, comme Edika d’ailleurs..Et ils n’étaient pas très bons pour les décors, ce n’était pas le problème. Dans leur domaine c’étaient des très grands. Mais rien à voir avec ce dont on parle. Vous avez raison, Dargaud est tombé bien bas, Pilote reviens!!
    Capitaine kérosène:: Voius jouez avec les mots. Que ce soit une bd ou une mise en images, le résultat est le même, c’est simplement mauvais.

    • Capitaine Kérosène dit :

      Bien sûr que je joue avec les mots. C’était une manière de dire qu’avec cette BD, on n’est clairement pas en présence de dessin mais d’autre chose. Il faudrait inventer un nouveau mot. « Mise en images » a l’avantage d’être neutre : « OK, ce sont des images, ne nous appesantissons pas sur le sujet et passons vite à autre chose », c’est comme cela que je l’interprète.
      Bref, je partage vos avis : c’est une honte.

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